Le nudge ?

Nudge good

Depuis quelques années, la notion de « nudge » attire de plus en plus l’attention des décideurs. Mais que recouvre-t-il ?

Le concept est assez simple : un nudge, c’est la mise en place d’actions subtiles qui ont pour but de pousser les gens à agir dans « le bon sens ». Issu de l’économie expérimentale (Cf. R. Thaler et R. Sunstein), ce principe s’applique désormais à de nombreux domaines comme la santé ou la préservation de l’environnement.

Le principe fondamental du nudge est de favoriser la « meilleure option » pour le consommateur. Par exemple, en restauration collective, mettre en évidence la salade plutôt que les frites incite le consommateur à choisir les crudités et donc à faire un meilleur choix pour sa santé. C’est ce qu’on appelle l’architecture du choix.

Qu’est-ce qui justifie l’utilisation de tels coups de pouce ? Tout d’abord, on pourrait préciser que par leurs décisions, les dirigeants orientent toujours la conduite des individus. En cela, le nudge n’a rien de vraiment nouveau, si ce n’est qu’il est spécifiquement conçu dans le but de favoriser les comportements vertueux. Il s’agit d’un outil précieux dans la mesure où nous sommes souvent tentés d’agir sans réfléchir et de prendre des décisions contraires à notre volonté. Pensez à vos connaissances qui fument malgré leur souhait d’arrêter la cigarette. Elles ont beau savoir que le tabagisme « nuit gravement à leur santé » , les prix des paquets ont beau monter, rien n’y fait : l’information et les incitations seules ne parviennent pas à faire changer les comportements. Notre irrationalité – bien documentée dans cet ouvrage majeur de psychologie sociale – invite donc les dirigeants à changer de méthode. Dans le cas du tabac, l’idée est désormais d’éloigner le consommateur de la tentation : paquets neutre, images chocs, etc. Ce faisant, les pouvoirs publics visent à orienter la conduite des individus sans porter atteinte à leur liberté.

De telles mesures pourraient très bien être utilisées pour réduire la consommation de produits d’origine animale. Plusieurs raisons justifient cette position. D’une part, les nuisances que ces produits causent à l’environnement, aux animaux, et dans certains cas à la santé. D’autre part, la volonté des citoyens de consommer davantage de produits végétaux – aujourd’hui, c’est le cas de 50% des français. Sur ce point, on peut noter que 26% d’entre eux essaient ou envisagent de devenir végétariens. C’est dans ce contexte qu’il semble judicieux d’œuvrer à la mise en place de nudges visant à réduire la consommation d’animaux, notamment en changeant l’offre. L’objectif de Veganudge est donc de mettre en valeur les initiatives allant dans ce sens.

EDIT : le concept du nudge a été récupéré par certaines grandes entreprises du web et est parfois utilisé à des fins un peu douteuses (essentiellement lucratives, dans le but de réduire l’autonomie de jugement des individus). De mon côté, je défends un nudge éthique, c’est-à-dire l’incitation par les pouvoirs publics à l’adoption de comportements plus respectueux envers la planète, les animaux et les humains. C’est une position éthique et politique ouvertement assumée (contrairement à l’approche manipulatrice d’entreprises peu scrupuleuses) qui part du postulat que nous avons tous à y gagner : cela contribue au bien commun. Cette vision du nudge s’inscrit en complémentarité avec les outils classiques de gouvernance que sont la législation et la taxation.