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Favoriser la consommation végétale grâce à l’économie comportementale ? — partie 1

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Dans cet article, je vais tenter de mettre en perspective les conclusions des travaux de Dan Ariely, chercheur en économie comportementale à l’Université de Duke. Sa thèse principale, développée dans son ouvrage “Est-ce (vraiment?) moi qui décide ?“, est que nos comportements sont généralement irrationnels, et ce de façon assez prévisible. Peut-on traduire ses implications dans la conception d’une offre économique allant dans le sens de la réduction des protéines carnées ?

Voici la liste des conclusions que j’ai retenues :

  1. Un choix se fait en comparaison des différentes opportunités proposées : il est donc possible d’orienter le choix d’autrui.

  2.  Nous avons tendance à fixer la valeur d’une chose en fonction du comportement d’autrui “herding”et également de notre propre comportement passé  “self herding —. Il s’agit là d’un phénomène d’ancrage.

  3. Nos décisions se calquent sur la première décision prise, même si celle-ci a été prise de façon arbitraire. On parle alors de “cohérence arbitraire”.

  4. Le sentiment de propriété augmente la valeur accordée à un bien possédé et cela fonctionne même quand on envisage la possession d’un produit.

  5. Devant une abondance de choix, nous n’arrivons pas à éliminer certains biens et arrivons à un moins bon résultat que dans le cas de choix plus restreints.

  6. Les attentes envers un produit, un individu ou soi-même jouent un rôle très important sur la perception que l’on en a.

  7. Lorsqu’ils doivent choisir un produit en public, les gens désirent se démarquer en affichant une certaine image d’eux-mêmes, quitte à réduire la satisfaction liée au produit.

  8. Quand on rémunère une personne pour accomplir un exercice, le rendement sera proportionnel à la somme versée mais le rendement est encore plus fort si l’exercice est demandé à titre gratuit et présenté comme un service à rendre.

  9. Les normes sociales et les normes monétaires sont incompatibles et les deuxièmes prennent systématiquement le pas sur les premières – ce point fait débat, et est notamment contesté par Viviana Zelizer, qui montre que normes sociales et normes marchandes s’interpénètrent.

  10. Le simple fait de rappeler une norme morale limite les comportements malhonnêtes comme la tricherie.

  11. Une fois qu’une norme économique a supplanté une norme sociale, il est difficile de faire machine arrière, même si cela reste possible.

Si ces conclusions ne vous sont pas assez claires, je ne peux que vous recommander la lecture du livre. Dans l’immédiat, je vous invite désormais à les explorer afin de tenter d’identifier les éléments qui pourraient être pris en compte dans la configuration d’une économie mettant davantage en avant les produits végétaliens et véganes. Il s’agira là d’hypothèses et il ne faudra en aucun cas les considérer comme admises avant qu’elles ne soient testées.

1 – Un choix se fait en comparaison des différentes opportunités proposées : il est donc possible d’orienter le choix d’autrui. Cette conclusion fait écho à l’effet de domination asymétrique ou “effet de leurre” (voir l’article wikipédia que j’ai traduit sur le sujet). Comme on le comprend beaucoup mieux à l’aide d’un exemple, je commence par celui-ci : après téléchargement d’une application, vous consultez ses tarifs. Vous avez le choix entre trois propositions : gratuit, 7,99€ par mois si abonnement annuel, ou 9,99€ si abonnement mensuel. La conception de ce choix est spécifiquement prévue pour que vous vous abonniez à l’année. Autrement dit, la présence de l’offre à 9,99€ est un “leurre” qui vise à vous faire préférer l’option à 7,99€ à celle gratuite. Mise en perspective : imaginons la configuration où un consommateur a le choix entre : un steak haché herta à 1,5€, un steak végétal herta à 2€ et un steak végétal herta à 1€. Si l’on en croit la conclusion ci-dessus, il y a de fortes chances que la dernière galette de soja soit choisie. Bien sûr, cela suppose qu’il y ait une équivalence des préférences entre steak haché viande et steak végétal, mais l’effet de domination asymétrique associé au prix et le fait que la marque soit identique dans cet exemple pourraient bien être favorables à la consommation du steak végétal à 1€. En d’autres termes, il est probable que proposer un produit végane moins cher qu’un produit carné similaire et qu’un produit végane “leurre” au prix élevé favorise la consommation de ce produit végane.

2 – Nous avons tendance à fixer la valeur d’une chose en fonction du comportement d’autrui “herding”et également de notre propre comportement passé  “self herding —. Il s’agit là d’un phénomène d’ancrage. La première partie de la conclusion tend à nous faire croire que la consommation de produits véganes pourrait être un phénomène qui s’auto-alimente. Autrement dit, plus l’on consommerait végane, plus l’on y accorderait de la valeur, et donc, l’on consommerait végane. En revanche, la seconde partie attire tout de même notre attention sur le poids de notre propre comportement passé. S’il semble selon ce critère difficile d’amener une personne dont la consommation de produits carnés est importante à privilégier les produits végétaux, on peut néanmoins supposer que le fait d’initier les plus jeunes à la consommation de produits végétaliens constitue un bon moyen pour eux d’accorder de la valeur à ces produits plus tard. Note : c’est là que je me rends compte que s’il ne s’agissait pas de vie ou de mort pour les animaux, je serais gêné de disserter sur des techniques permettant d’orienter le choix des consommateurs. Mais bon, si l’on part du principe que les animaux non-humains sont à inclure dans notre cercle de considération morale au même titre que les humains, il est difficile de qualifier de manipulation une stratégie visant à réduire les comportements qui leur nuisent directement ou indirectement.

3 – Nos décisions se calquent sur la première décision prise, même si celle-ci a été prise de façon arbitraire. On parle alors de “cohérence arbitraire”. Ce point rejoint le précédent. Si l’on veut privilégier la consommation de produits végétaliens, il faudrait faire en sorte qu’ils soient : disponible dès le départ (les vendeurs de produits végétaliens doivent notamment s’adresser aux plus jeunes), voire mieux : être l’option par défaut. Si c’est difficile à grande échelle (notamment parce que ça ne dépend pas de nous), c’est plus faisable à échelle locale : faire en sorte que les plats dans les avions ou les réceptions officielles soient véganes par défaut, parce que ça convient généralement à tout le monde.

4 – Le sentiment de propriété augmente la valeur accordée à un bien possédé et cela fonctionne même quand on envisage la possession d’un produit. Réflexion par l’absurde : la non-possession d’un bien serait associée à une valeur moindre accordée au produit que lorsqu’il y a possession. Par ailleurs, l’absence de désir d’un produit serait associé à une valeur moindre à accordée au produit que lorsqu’il y a désir. Ici, j’y vois notamment l’importance de supplanter les publicités faisant la promotion de produits carnés par des publicités faisant la promotion de produits éthiques.

6 – Les attentes envers un produit, un individu ou soi-même jouent un rôle très important sur la perception que l’on en a. Si vous avez en tête que les steaks de soja ont un goût de semelle en caoutchouc, et même si vous n’avez jamais mangé de semelle en caoutchouc, vous risquez de ne pas apprécier votre expérience de dégustation d’un steak de soja. Bref, marteler le fait que les produits végétaliens sont excellents (ce qui est bien, c’est qu’il n’y a même pas besoin de mentir), est un bon moyen de créer des attentes chez des consommateurs qui, en goûtant à l’un de ces produits, seront en partie influencés par les propres attentes qu’ils auront crées.

7 – Lorsqu’ils doivent choisir un produit en public, les gens désirent se démarquer en affichant une certaine image d’eux-mêmes, quitte à réduire la satisfaction liée au produit. Et si au restaurant, le choix végétalien était un élément de démarcation ?

9 – Les normes sociales et les normes monétaires sont incompatibles et les deuxièmes prennent systématiquement le pas sur les premières. Dans notre cas, il est possible d’envisager que le fait de “payer” pour consommer des animaux rend davantage acceptable le fait de les utiliser et de les exploiter pour se nourrir. En fait, la norme “marchande”, le fait de mettre un prix sur les animaux, ferait passer au second plan le fait qu’ils sont des êtres sensibles et que selon les critères de moralité partagés par la plupart d’entre nous, ce qui leur arrive est inacceptable. Je vous laisse en tirer vos propres conclusions.

10 – Le simple fait de rappeler une norme morale limite les comportements malhonnêtes comme la tricherie. On pourrait penser que faire afficher des éléments aux consommateurs comme “mangez des végétaux, pas des animaux” serait assez efficace. Si c’est possible sur des produits végétaliens, ça ne l’est pas en revanche dans l’immédiat pour les produits carnés (il faudrait l’aval des pouvoirs publics). En revanche, il n’est pas inenvisageable que, dans un futur proche, des comités d’éthiques recommandent d’afficher “les animaux sont des êtres sensibles et les consommer nuit à leurs intérêts fondamentaux” sur les produits carnés. Quand à l’acceptation de cette mesure, je me permets de rester sceptique.

11 – Une fois qu’une norme économique a supplanté une norme sociale, il est difficile de faire machine arrière, même si cela reste possible. Moi, j’interprète cela comme la difficulté à inviter des consommateurs de longue date à considérer leur steak comme un animal mort, et non comme un produit économique. Cet élément vient renforcer mon point de vue selon lequel les efforts de sensibilisation à la cause animale demeurent indispensables et s’inscrivent en complémentarité avec les mesures déployées pour offrir des alternatives à leur consommation.

Et vous, ça vous évoque quoi ?

J’aimerais bien avoir votre avis sur cet article. De mon côté, je perçois les limites de l’exercice qui vise à émettre des hypothèses en partant de conclusions scientifiques. C’est pourquoi j’ai bien précisé qu’elles ne sont pas à considérer comme admises.

Sources :

Dan Ariely – Est-ce (vraiment?) moi qui décide ?

Les animaux sont faits pour être mangés – raisonnement à rebours

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Un chimpanzé qui s’étonne à la lecture du titre, alors même qu’il ne sait pas lire

Lorsqu’il est question de consommation d’animaux, un argument visant à la justifier revient souvent : “de toute façon, ils sont faits pour être mangés, donc je ne vois pas de problème à les manger.”

La formule paraît logique : puisque ces animaux ont été conçus pour être mangés, alors il est dans l’ordre des choses de les manger. Ça tient la route, non ?

L’argument repose généralement sur une distinction morale implicite entre “tuer un animal” et “tuer un animal qui a été élevé pour être mangé”. La première proposition crée un malaise, tandis que la seconde soulage. Mais pourquoi une telle différence ? Après tout, la seconde proposition est incluse dans la première : le malaise ressenti en la lisant ne devrait donc pas être inférieur à celui ressenti à la lecture de la première.

Le fait est que la justification “l’animal a été élevé pour être mangé” permet de réduire l’inconfort que peut susciter l’idée de sa mise à mort. On se dit qu’il n’aurait de toute façon pas existé s’il n’avait pas été élevé pour être mangé.

Mais en creusant l’argument, on se rend compte qu’il est circulaire : sa validité repose sur lui-même.

Ils sont élevés pour être mangés, et nous les mangeons parce qu’ils sont élevés pour être mangés.

La proposition A “ils sont élevés pour être mangés” utilise pour sa justification la proposition B “nous les mangeons parce qu’ils sont élevés pour être mangés” , alors que la justification de la proposition B nécessite la vérité de la proposition A.

Ce raisonnement circulaire relève d’une pétition de principe, c’est-à-dire qu’il pose comme vraie au départ une proposition qu’il est supposé démontrer : le fait que les animaux soient faits pour être mangés.

Sur ce point, on ne peut pas nier que les éleveurs font effectivement naître les animaux “d’élevage” avec l’intention de les conduire à l’abattoir. Aussi doit-on avouer que ces animaux ont subi une importante sélection génétique dans le but de produire toujours plus de viande.

Mais cela ne veut pas dire que leur sort est nécessairement de passer à la casserole. Aucun destin ne les y conduit fatalement : à l’heure où il n’est plus nécessaire de manger des animaux pour vivre, leur mise à mort n’est que la conséquence d’un choix humain perpétuellement renouvelé. Hélas, il n’est pas rare que cette relation causale soit écartée au profit d’une croyance selon laquelle l’unique “raison d’être” de ces animaux d’élevage est de nous nourrir.

De ce point de vue, les relations que nous entretenons avec les autres animaux s’expliquent par une harmonie pré-établie, résultant de la volonté d’un dieu transcendant ou d’une nature ordonnée qui aurait assigné un but aux êtres (“je décrète qu’eux, ils finiront à la casserole, parce que c’est mon projet”).

Ainsi, les tenants de cette conception finaliste peuvent s’émerveiller d’une telle harmonie : “c’est fou que les animaux aient été faits d’autant de viande !” ; ou s’offusquer lorsqu’on la remet en question : “mais quelle serait l’utilité des animaux si l’on ne les mangeait pas ?”.

On est en plein dans le raisonnement à rebours (ou panglossien) : un mécanisme historique contingent dont l’homme a été acteur passe désormais pour la résultante d’un scénario préconçu, élaboré une force qui nous échappe. D’ailleurs, en écrivant cela, je me rends compte que mes doigts ont été crées pour taper sur mon clavier.

Blague à part, le problème est qu’en évacuant tout autre scénario possible au profit de celui “préconçu”, on condamne perpétuellement les animaux d’élevage à vivre un sort auquel rien sinon nos moeurs et notre système économique ne les y prédestine. Une fois qu’ils sont nés, un autre avenir peut leur être réservé. Cela ne tient qu’à nous : c’est un fait et il faut s’y faire.

Herlock Sholmes

Merci à Richard Monvoisin de m’avoir fait connaître le raisonnement panglossien dans son article publié sur le site du Cortecs.

Pour aller plus loin :

Finalisme : https://fr.wikipedia.org/wiki/Finalisme#Discussion_du_finalisme_%C3%A0_l’%C3%A9poque_moderne

Finalisme et animaux : http://vegfaq.org/les-animaux-sont-faits-pour/

Pétition de principe : https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9tition_de_principe

Raisonnements fallacieux : http://www.charlatans.info/logique2.shtml

Arguments circulaires : https://fr.wikipedia.org/wiki/Argument_circulaire

Raisonnement à rebours : https://cortecs.org/materiel/effet-pangloss-ou-les-dangers-des-raisonnements-a-rebours/

La violence envers les animaux alimente-t-elle d’autres violences ?

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Il n’est pas rare d’entendre des défenseurs des droits des animaux prétendre que “si l’on accepte les violences infligées aux animaux, alors on ouvre la voie à toutes les autres formes de violences.” La première fois que j’ai entendu une chose semblable, j’ai été particulièrement séduit : cela faisait sens. Mais aujourd’hui, conscient de la portée d’un tel propos, j’estime qu’il n’est pas suffisant de l’affirmer sans avoir interrogé ce qu’il en est réellement. Il faut donc se demander ce qu’en disent les études sur le sujet. Une telle démarche de recherche, si elle s’avère concluante, ne peut de toute façon que donner plus de force au propos en question.

Alors, que disent les études ?

L’idée d’après laquelle la violence envers les animaux favorise d’autres violences n’est pas nouvelle. Si on la trouvait déjà chez Marguerite Yourncenar, selon qui “l’Homme a peu de chances de cesser d’être un tortionnaire, tant qu’il continuera à apprendre sur la bête son métier de bourreau“, elle a également été présente dans la pensée du philosophe Theodor Adorno ou encore dans celle de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss.  Plus d’un demi-siècle plus tard, que peuvent nous enseigner les différentes études en sciences sociales sur le sujet ?

  • Deux études de psychologie sociale datant de 2012 semblent confirmer cette thèse. En effet, dans leurs travaux de recherche, Kimberly Costello et Gordon Hodson ont montré que “plus les enfants blancs ont tendance à considérer les humains comme supérieurs aux animaux, plus ils expriment des préjugés négatifs à l’encontre des enfants noirs“.
  • Une autre étude sociologique datant de 2009 (Fitzgerald, Kalof et Dietz) montre que les zones où sont présents des abattoirs connaissent des taux plus élevés d’arrestation et notamment d’arrestation pour crimes violents, viols et attaques sexuelles que les zones qui n’en sont pas dotés. Les auteurs en concluent qu’il semble y avoir un lien de causalité, et nomment cela “l’effet Sinclair” : la présence des abattoirs serait à l’origine d’une violence unique.
  • Environ 80 études ont été analysées par le Pr Jean-Paul Richier et mettent en évidence des corrélations entre :
    • La maltraitance d’une femme par son partenaire et la maltraitance d’animaux familiers par le partenaire.
    • La maltraitance d’une femme par son partenaire et la maltraitance d’animaux familiers par les enfants.
    • La maltraitance d’un enfant et la maltraitance d’animaux par les adultes dans le foyer.
    • La maltraitance d’un enfant, dont les abus sexuels, et la maltraitance d’animaux par les enfants eux-mêmes.
    • Le fait de maltraiter des animaux, et le fait d’être soit victime, soit surtout auteur de harcèlement envers d’autres enfants ou d’autres adolescents.
  • Selon Laurent Bègue, chercheur en psychologie sociale à l’Université de Grenoble, plusieurs études confirment le fait qu’un individu ayant été cruel envers les animaux au cours de son enfance présente des risques accrus d’être violent envers ses pairs. Une relation réciproque est également établie : les délinquants violents ont souvent commis des actes de cruauté envers les animaux au cours de leur enfance.
  • Dans deux cas d’études, menées par la Humane Society of the United States, environ un tiers des familles victimes de violences domestiques recenseraient au moins un enfant ayant blessé ou tué un animal.
  • En 1988, dans une enquête sur les tueurs en série, la plus importante jamais tenue à ce jour, 36 pour cent des maniaques violeurs avaient commis des actes cruels envers les animaux dans l’enfance, contre 46 % à l’adolescence et 36 % à l’âge adulte.
  • Le département de Police de Chicago a mené une enquête de 2001 à 2004 et, après avoir examiné 322 cas d’emprisonnement pour cruauté envers les animaux, a atteint la conclusion suivante : 62 % des individus arrêtés étaient soupçonnés d’avoir commis d’autres crimes (des meurtres), 80 pour cent avaient été arrêtés à plusieurs reprises, 70 pour cent étaient suspectés d’avoir trafiqué de la drogue et 65 pour cent avaient commis d’autres actes de violence. Vingt-sept pour cent d’entre eux avaient été jugés pour des accusations de port d’arme à feu, treize pour cent avaient commis des crimes de viol, et 59 % étaient soupçonnés d’appartenir à un gang.

Conclusion ?

Si les questions de la causalité (quelle violence cause laquelle?) et des mécanismes à l’œuvre méritent encore d’être approfondies, ces études semblent faire pencher la balance en faveur de l’existence d’un lien entre la cruauté envers les animaux et la violence humaine. Ce lien est de nature à renforcer l’argument visant à promulguer des lois contre la violence exercée à l’encontre des animaux, quelle que soit sa finalité.

Sources  :

Joël LEQUESNE, L’empathie à l’épreuve du spécisme : quels choix pour l’enfant ?,  p. 3-5

Thomas LEPELTIER, Mépris des animaux et racisme : une même logique, Sciences Humaines N°247 – avril 2013

Kimeberly COSTELLO et Gordon HODSON, Explaining dehumanization among children: The interspecies model of prejudice, British Journal of Social Psychology, 2012

Amy J. FITZGERALD, Linda KALOF et Thomas DIETZ, An Empirical Analysis of the Spillover From “The Jungle” Into the Surrounding Community, 2009

Jean-Paul RICHIER, D’une violence à l’autre, que disent les études ? Colloque sur la violence infantile du 15 mars 2013 au Centre de Congrès d’Aix-En-Provence
Laurent BÈGUE, De la cruauté envers les animaux à la violence, Cerveau & Psycho, novembre-décembre 2013

Humane Society of the United States Animal Cruelty and Family Violence: Making the Connection, 2010

Ressler et al., Sexual Homicide: Patterns and Motives (Massachusetts, Lexington Books 1988)

Chicago Police Department Statistical Summary of Offenders Charged with Crimes against Companion Animals, July 2001-July 2004, Chicago Police Department (Illinois 2008).

http://aaanimal.com/etudes-sur-la-correlation-entre-la-violence-violence-animale-et-humaine/

 

Analyse des préjugés et des stéréotypes – psychologie sociale

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Extrait de l’ouvrage “La psychologie sociale” de Gustave-Nicholas Fischer, 1997, p. 207-208 :

“Plusieurs aspects complémentaires doivent être retenus dans l’analyse des préjugés et des stéréotypes : les facteurs qui les déterminent, leur genèse et leur fonction.

Facteurs

Trois types de facteurs principaux déterminent stéréotypes et préjugés : des facteurs psychosociaux, affectifs et cognitifs. Tout d’abord, parmi les facteurs psychosociaux, deux jouent de façon particulière : ce sont les différences sociales s’exprimant toujours sur un fond d’inégalité et la conformité. De nombreux exemples montrent que les différences sociales donnent lieu à des préjugés dans le sens où les membres appartenant à des groupes au bas de l’échelle sociale ont tendance à être évalués par des traits de comportement qui justifient leur position d’infériorité. De ce point de vue, nombre de préjugés non seulement légitiment une structure sociale inégalitaire, mais ont également un impact sur le comportement des personnes visées, comme nous l’avons vu plus haut.

Un autre facteur psychosocial est celui de la conformité. Des recherches ont montré que ce sont les gens qui se conformaient le plus aux normes sociales qui étaient également ceux qui avaient le plus tendance à avoir des préjugés envers autrui. Par ailleurs, on a observé que la conformité constituait un système de maintien de nombreux préjugés dans la mesure où elle est relayée par des instances comme l’école, les institutions sociales, dont l’un des rôles est de renforcer les attitudes culturelles dominantes.

Un deuxième type de facteurs sont les facteurs affectifs parmi lesquels on retiendra la frustration et le sentiment d’être différent. Une frustration peut être à la source de préjugés, comme l’a montré une expérience (Miller et Bugelski, 1948). On a demandé à des jeunes travaillant dans une colonie de vacances de donner leur opinion sur les Japonais et les Mexicains, et ceci dans deux conditions distinctes : dans la première, ils avaient une journée de congé qu’ils ont prise; dans la seconde, ils avaient une journée de congé qu’on leur a refusée pour leur faire subir des tests. Les résultats montrent que dans la deuxième condition, les jeunes qui se sont sentis frustrés par la privation de leur congé ont exprimé davantage de préjugés envers les Japonais et les Mexicains. Dans le même ordre d’idées, d’autres travaux ont permis de constater qu’une expérience désagréable et humiliante a tendance à développer davantage de préjugés envers un groupe inférieur.

Un troisième type de facteurs sont les facteurs cognitifs parmi lesquels on peut retenir tous les éléments conduisant à des inférences erronées. Ainsi les illusions de corrélation conduisent à établir un lien qui n’existe pas vraiment entre deux variables, comme, par exemple, l’amabilité et le sexe; on a par exemple montré que si nous prêtons attention à des situations particulières, telles que le comportement indésirable d’une personne appartenant à un groupe minoritaire, nous aurons d’autant plus tendance à avoir des préjugés envers ce groupe (Hamilton et Gifford, 1976). Si, par contre, on se trouve exceptionnellement confronté à une information qui va dans le sens opposé de nos stéréotypes, dans ce cas nous somme peu enclins à les modifier.

Un autre élément cognitif a été mis en évidence, à savoir que certains préjugés et stéréotypes peuvent influencer notre jugement sur une personne, sans que nous n’en ayons vraiment conscience et cela même si n’y adhérons pas. […] Les chercheurs ont expliqué ce phénomène notamment par la sociabilisation qui facilite l’apprentissage des préjugés et stéréotypes en tant que forme de connaissance utilisée ultérieurement au cours de la vie et souvent à notre insu.

Une étude illustre ce processus de construction de stéréotypes en montrant comment s’y opère le lien entre appartenance à une classe sociale et stéréotypes raciaux (Bayton, Mc Alister, Hammer, 1956). On a présenté à des étudiants noirs et blancs une liste de 85 traits tels que intelligent, ordonné, paresseux, etc., et on leur a demandé de noter ceux qui caractérisaient à la fois les Noirs et les Blancs des classes inférieures et supérieures aux Etats-Unis. Il ressort de cette étude deux types de stéréotypes : ceux que les étudiants ont formé en considérant les caractéristiques des individus liées à leur appartenance sociale et ceux qu’ils ont formé en considérant celles liées à leur appartenance ethnique; mais dans ces deux types de stéréotypes, ceux relatifs aux différences de classes ont été plus importants que ceux relatifs à la race. Ce résultat a été interprété par le fait que le processus de catégorisation sociale en œuvre chez ces étudiants avait retenu la classe sociale comme un élément plus déterminant que celui de race pour caractériser les membres d’un groupe, et de ce fait, ils ont retenu, pour caractériser les Noirs, les traits qui étaient en quelque sorte le vecteur de la création des stéréotypes négatifs à l’égard des Noirs. De quelle façon ? Simplement en retenant les traits attribués aux Noirs de la classe inférieure; ce sont eux qui représentent le cadre de référence pour la création de stéréotypes des Blancs envers les Noirs, en général.

En conséquence, lorsqu’on demande à des Blancs quels sont les traits qui caractérisent les Noirs (sans référence à la classe sociale), ils se réfèrent en réalité aux Noirs de la classe inférieure pour attribuer ces traits aux Noirs en général.

Un autre facteur qui joue dans la construction des stéréotypes, c’est la dimension évaluative; le stéréotype n’est pas seulement une simplification, il est un jugement social sur autrui qui repose sur deux éléments complémentaires : – le premier, c’est l’attitude ethnocentrique; elle montre que l’élaboration des stéréotypes s’effectue en fonction de son propre groupe d’appartenance considéré comme le centre du monde et donc comme cadre de référence universel à partir duquel on évalue les autres groupes; on peut l’exprimer de façon plus triviale en disant qu’on considère les autres en se prenant toujours pour le nombril du monde; – l’autre élément, c’est le fait que le stéréotype trouve sa traduction dans des comportements négatifs à l’égard des personnes qui sont de notre part l’objet des stéréotypes; il s’agit dans ce cas de discrimination, c’est-à-dire d’une façon de traiter autrui en le dévalorisant, voire en le méprisant.”

 

 

La construction sociale de l’objectivité – psychologie sociale

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Extrait du livre de Gustave-Nicolas Fischer, La psychologie sociale, 1997, p-137-138 :

“Comment interpréter les diverses expressions de la conformité sociale ? […] La construction sociale de l’objectivité : notre jugement sur autrui et sur nous-mêmes se construit à partir des croyances qui, à leur tour, sont déterminées par les normes dominantes. Nous avons vu que la validation de nos jugements s’opère à travers la comparaison de nos opinions avec celles d’autrui et particulièrement l’opinion majoritaire.

Cette validation devient vraie, c’est-à-dire “objective” si elle est confirmée par la majorité; autrement dit, si elle est l’objet d’un consensus social et non d’une vérité objective. Plus précisément, c’est le consensus qui devient la base de la vérité sociale; celui qui se conforme est par conséquent dans le vrai; il a raison socialement car il est en accord avec la façon de faire de tout le monde; la conformité devient ainsi un critère d’objectivité.

Si, comme nous l’avons vu dans l’expérience d’Asch, cette objectivité est erronée, elle n’en est pas moins efficace socialement puisque c’est elle qui va déterminer le comportement de conformité. A travers cet aspect de l’influence sociale, la conformité apparaît également comme un processus à travers lequel les individus se rallient à des positions qui peuvent être dénuées de tout fondement objectif. Là réside également la force des normes sociales, tout comme l’illusion sur laquelle reposent nos conduites, mais, du point de vue social, peu importe l’illusion, pourvu qu’il y ait conformité. “

L’action des minorités – psychologie sociale

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Extrait de “La psychologie sociale”, de Gustave-Nicholas Fischer, p. 152-156 :

“Les conditions dans lesquelles l’influence minoritaire va pouvoir s’exercer sont précisément liées à la manière dont le conflit va émerger et dont il va être géré par la minorité. Car une position minoritaire met en question le consensus souvent fallacieux sur un certain nombre de problèmes. Le fait d’exprimer ses propres points de vue, son désaccord en tant que minoritaire crée ainsi des situations conflictuelles. C’est dans la manière de gérer ce conflit que l’action minoritaire apparaît comme efficiente; celle-ci se réalise notamment par l’affirmation d’un style de comportement tout à fait spécifique qu’on a appelé le style de comportement minoritaire. Paicheler l’a défini comme “une organisation d’actions caractérisées par l’opportunité et l’intensité de leur expression; ces styles sont codifiés de telle sorte qu’ils sont porteurs d’une signification accessible à tous et qu’ils suscitent de ce fait une réaction appropriée”.

Un des aspects du style comportemental minoritaire est la consistance, c’est-à-dire le refus de changer sa position et la fermeté que l’on manifeste à travers des comportements répétitifs par rapport à une question. C’est dans ce comportement consistant que réside une forme d’influence minoritaire; elle a été vérifiée au cours de plusieurs expériences; elles ont montré que lorsqu’un sujet minoritaire manifestait une préférence constante sur un problème déterminé, ce type de comportement induit les membres du groupe majoritaire à adopter sa réponse, même dans le cas où elle s’accompagne d’un changement de la norme implicite du groupe (Faucheux et Moscovici, 1967). De manière plus générale, on a observé que des minorités pouvaient amener des majorités à adopter leurs points de vue si elles ont une position constante sur une question, sans pour autant être rigide ou dogmatique. Comme l’ont montré d’autres travaux, ce type de minorités est perçu comme ayant plus de confiance en soi et le cas échéant, plus de compétence que la majorités (Maas et Clark, 1984).

Un autre aspect du style de comportement minoritaire est l’expression et l’affirmation de son indépendance, c’est-à-dire une manière personnelle de réagir et de juger les situations suivant ses propres critères ainsi qu’une attitude objective susceptible de considérer les divers éléments d’une situation, sans apparaître comme partisan. Des résultats d’expérience ont montré qu’une minorité qui défend, par exemple, une cause pour laquelle elle ne semblait pas avoir d’intérêt personnel, avait davantage d’influence sur la majorité; ceci a été notamment observé dans des situations où des hommes et des femmes défendaient le droit à l’avortement, tantôt il s’agissait d’une femme défendant ce droit devant un groupe majoritaire d’hommes, tantôt il s’agissait d’un homme devant un groupe majoritaire de femmes; il est apparu que ce sont les sujets masculins qui ont été davantage influencé par un homme que par une femme.

Un autre type de recherche a montré que l’influence minoritaire pouvait déboucher sur une intériorisation, c’est-à-dire un changement d’attitude intime de la majorité ; au cours d’une expérience, des groupes de sujets lisaient un texte présentant le compte rendu d’un débat sur le droit des homosexuels, auquel avaient participé cinq étudiants. Plusieurs situations furent crées; tout d’abord, dans tous les cas, quatre des étudiants participant au débat avaient adopté un point de vue et un minoritaire en avait défendu un autre; dans d’autres cas, la majorité était favorable au droit des homosexuels et la minorité contre; enfin, dans une dernière situation, les positions de la majorité et de la minorité étaient inversées par rapport aux précédentes; chaque expérience comportait deux phases, une phase d’évaluation orale après la lecture du texte et une autre, écrite ultérieurement. Les résultats montrent qu’après la lecture du texte les sujets exprimaient publiquement un accord avec le point de vue majoritaire, qu’il soit favorable ou défavorable aux homosexuels; en revanche, les évaluations écrites faisaient apparaître que les opinions s’étaient déplacées vers la position minoritaire (Maas et Clark, 1984). Ces résultats mettent l’accent sur une des caractéristiques de l’influence minoritaire : alors que les influences majoritaires tendent à se traduire en termes de soumission, consensus public, opposés à une indépendance privée, l’influence minoritaire se traduit davantage en termes d’intériorisation, c’est-à-dire de changements qui rallient la conviction profonde des sujets et introduisent de ce fait une véritable innovation.

Dans ce chapitre, l’influence est apparue comme un phénomène social essentiel ; nous avons observé que la société, c’est de l’influence et par conséquent qu’une connaissance des phénomènes sociaux implique une étude de l’influence. Celle-ci a des visages multiformes dont le plus symptomatique est celui qui s’efface dans son expression même pour prendre la figure de notre adaptation au monde social. L’attention accordée à l’influence en psychologie sociale permet ainsi de mesure l’emprise du social sur chacun d’entre nous et notamment à travers la conformité aux normes. Le phénomène de l’influence montre comment la vie sociale s’organise à partir de lui et se diffuse en quelque sorte dans les comportements, les opinions et les attitudes. Par ailleurs, nous avons observé qu’à tous les niveaux, dans tous les domaines de la vie sociale, des individus, des groupes, des institutions mettent en oeuvre des moyens variés pour obtenir des gens qu’ils changent leurs opinions et leurs comportements dans le sens attendu par ceux qui disposent de tels moyens; il peut s’agir de stratégie de persuasion qui incitent, à travers des arguments qui se veulent convaincants, à changer de comportement; d’autres moyens ont davantage recours à la force légitime représentée par l’autorité pour contraindre les gens à la soumission ; d’autres reposent sur la manipulation et consistent à exercer une influence plus sournoise qui masque sa véritable nature, sans recours à la pression, faisant croire que l’individu choisirait librement ce qu’on lui demande.

Enfin, à travers l’influence, nous avons remarqué que ceux qui dans le contexte social ne disposent pas de moyens d’influences reconnus exercent néanmoins une influence réelle sur l’opinion de la majorité à condition qu’ils expriment un type de comportement ferme et cohérent.

Pour terminer, insistons sur le fait que, dans bon nombre de situations, l’influence se caractérise par sa banalité : la banalité de l’influence, c’est ce qui la rend si normale et qui fait aussi son efficacité; on mesure sa force dans les petits événements de la vie quotidienne lorsque les individus transgressent, par exemple, des normes apparemment sans importance. Mais c’est cette banalité-là de l’influence qui est aussi à l’oeuvre lorsque les figures d’autorité demandent ou imposent la soumission ; les expériences de Milgram, mais surtout l’histoire du XXè siècle, nous montrent jusqu’où peut aller cette soumission dans la mesure précisément où elle se transforme en une banalité. “

Le véganisme est un phénomène sectaire — Argumentum ad secta

Quand un individu révèle ou partage ses opinions antispécistes (en faveur de l’égale considération des intérêts des êtres sensibles), il n’est pas rare qu’on lui demande s’il fait partie d’une secte. D’ailleurs, dans certains cas, on ne lui demande même pas : on l’affirme.

Cette réaction relève souvent d’une stratégie qui consiste à présenter la position antispéciste de façon volontairement erronée. Il s’agit de créer un argument épouvantail facilement réfutable puis de l’attribuer à son opposant. On appelle cela le sophisme de l’épouvantail.

“Il est incohérent de se baser sur le critère de l’espèce à laquelle appartient un animal pour décider de la manière dont on doit le traiter et de la considération morale qu’on doit lui accorder.

– Quel discours sectaire !”

Le propos est généralement teinté de mauvaise foi et se caractérise par un fait notable : il ne s’accompagne ni d’une volonté d’expliquer sa position, ni d’entrer dans un débat rationnel et argumenté.

On ne saura donc pas ce qu’est une secte (quelles en sont les caractéristiques précises ?), ni dans quelle mesure le discours antispéciste relève d’un phénomène sectaire.

En d’autres termes, une fois que la thèse adverse a été connotée de façon péjorative (“tu fais partie d’une secte !”), le tour est joué : on n’a pas besoin d’apporter de justification sur le fond. Avoir qualifié la thèse adverse de sectaire permet de s’extraire du débat.

Sous-genre de l’argumentum ad odium,  l’argumentum ad secta peut avoir un nom rien que pour lui tant il est courant dans les échanges sur les thèmes aussi épineux que les questions d’éthique animale.

Le principal problème que l’argumentum ad secta pose, c’est qu’il implique de faire l’économie d’une analyse sérieuse et rationnelle du phénomène abordé. Lançant son argument de manière réflexe, l’individu qui crie à la secte ne cherche pas à savoir si le propos en question relève effectivement d’un discours sectaire potentiellement dangereux ou non.

Ainsi, il risquerait de faire du tort (en les décrédibilisant) à ceux qui pointeraient sincèrement les dérives de certains mouvements. Et des dérives, il peut toujours y en avoir. C’est pourquoi un mouvement constructif se doit de rester alerte sur ces questions et de s’ouvrir à la critique argumentée. Mais si les critiques sont majoritairement fallacieuses et reposent sur des assimilations infondées avec des mouvances dangereuses, alors il n’est pas possible de les prendre en compte : le débat n’avance donc pas et le mouvement pourrait bien être conforté dans l’idée qu’il a raison.

Dans notre exemple, une fois la mauvaise critique invalidée, les antispécistes pourraient être confortés dans l’idée qu’ils ont raison de ne pas placer les intérêts de l’espèce humaine avant ceux de toutes les autres. Ce résultat  n’est sans doute pas recherché par celui qui émet la pseudo-critique qu’est l’argumentum ad secta,  mais il se pourrait bien qu’il en soit la conséquence implacable.

Finalement,  l’argumentum ad secta risque fort d’avoir un effet contre-productif. A consommer avec… argumentation !

Herlock Sholmes

Plus d’informations :

Comment reconnaître une secte : https://www.info-sectes.org/pages/secte.htm

L’antispécisme : https://fr.wikipedia.org/wiki/Antisp%C3%A9cisme

Des cours de psychologie sociale sur les dérives sectaires : https://cortecs.org/cours/psychologie-sociale-derives-sectaires-utilisation-de-celebres-experiences-de-psychologie-sociale/

 

De l’amour à l’ère des réseaux sociaux

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Les applications mobiles nous permettant de faire des rencontres amoureuses n’ont cessé de prendre de l’ampleur ces dernières années. Comme avec la plupart des services numériques, nous avons tendance à penser qu’en matière de séduction, ce type d’outils technologiques peut se substituer aux usages précédents sans pour autant altérer son objet. En d’autres termes, il existe une croyance selon laquelle l’usage des applications de rencontre serait neutre, dans le sens où il n’affecterait pas la qualité des relations interindividuelles. Dans cet article, je vais m’employer de démontrer en quoi cette conception est erronée, puis en souligner les dangers, avant de poser la question d’une alternative viable.

 

Limitations de nos capacités d’initiative et marchandisation des relations

Dans Remplacer l’humain, critique de l’automatisation de la société, Nicholas Carr évoque le point commun entre les géants du numérique et d’autres réseaux sociaux : ceux-ci cherchent à automatiser complètement nos requêtes afin de limiter nos prises d’initiative. Il en va de même pour les applications de rencontre (que l’on appellera ici les lovapplis) : grâce à la possibilité de “trouver” des partenaires à proximité, de pouvoir les “liker” ou les “disliker” à tour de bras, elles font naître en nous l’espoir de se débarrasser une bonne fois pour toutes des aspects chronophages de nos relations personnelles, et donc, de rationaliser un pan entier de notre vie.

La conception des relations sous-jacente à cette approche s’apparente à celle que chérit le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg : le partage “sans friction”, qui vise à supprimer toute notion d’effort dans la sociabilité.  Pour reprendre les mots de Nicholas Carr, « il y a cependant quelque chose de foncièrement dérangeant à vouloir appliquer des normes de productivité standardisées dans le cadre de nos rapports avec autrui, comme s’ils étaient comparables à des échanges de données ou à des transactions financières qu’il s’agirait de fluidifier. Les individus ne sont pas des ordinateurs qui communiquent entre eux par réseaux interposés. La sociabilité nécessite d’établir une relation de confiance, d’apprendre les règles de savoir-vivre et de faire des sacrifices. Autant d’aspects qui, aux yeux des technophiles, représentent une perte de temps et comportent une quantité d’inconvénients. Supprimer les frictions ne renforce pas le lien social, au contraire, cela le fragilise et lui confère une dimension marchande ».

La dimension marchande est particulièrement frappante dans le cas des applications de rencontre. Sur le marché des matchs, il y a une offre et une demande, et vous, le client, êtes le roi : dans le rayon des rencontres, vous pouvez balayer d’un revers de doigt les gens dont le profil ne vous satisfait guère, comme s’ils étaient de vulgaires biens consommables. Le problème majeur de cette facilité apparente offerte par les lovapplis — au-delà de sa fâcheuse tendance à réduire les individus à l’état d’objets triables à merci au lieu d’inviter à considérer leur valeur intrinsèque, c’est qu’elle risque de galvauder les vertus qui, il y a peu encore, étaient considérées comme essentielles pour mener une vie amoureuse pleinement épanouie : l’attente dans la séduction, la persévérance, et l’audace.

En effet, à quoi bon avoir des attentes envers quelqu’un et persévérer quand vous savez pertinemment que d’autres matchs vous attendent ? Et pourquoi faire preuve d’originalité ou de courage, alors que vous risquez de vous faire zaaper si vous faites un pas de travers ?

Cette limitation de nos prises d’initiative pourrait bien, à l’avenir, être amplifiée par des algorithmes toujours plus intelligents, qui nous présenteraient exclusivement des profils adaptés à nos préférences, à l’instar des moteurs de recherche qui anticipent nos besoins. Dans ce cas, nous aurions affaire à de véritables moteurs de recherche amoureuse, au grand dam du hasard, de la liberté, et de la spontanéité.

« Je ne doute pas que, d’ici quelques années, les moteurs de recherche répondront à la majorité de nos requêtes avant même que nous les formulions. Ils sauront à l’avance ce que nous voulons chercher. » Ray Kurzweil, inventeur à la tête du département d’ingénierie de Google. 

 

L’homogénéisation des normes de séduction

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Extrait de Nosedive, le premier épisode de la saison 3 de la série Black Mirror, qui dépeint avec brio une société où les applications numériques corrompent les relations interindividuelles

Les lois du marché sont implacables. Avec les lovapplis, il n’y a pas d’entre-deux : soit on vous prend, soit on vous jette à jamais. Vous n’aurez pas l’occasion de vous racheter après avoir fait une mauvaise première impression. Ainsi, pour avoir la chance d’être l’heureux liké par une personne pressée qui scrutera votre profil en l’espace d’une seconde, vous avez intérêt à optimiser votre profil pour répondre aux exigences élevées des autres utilisateurs. Pour cela, rien de mieux que de s’aligner sur ce qui marche : des photos aux descriptions en passant par les sujets de conversation, tout sur la plateforme est en proie à la standardisation, et donc, à la perte d’originalité et de saveur.

Si évidemment, la standardisation des normes de séduction n’est pas un phénomène nouveau, je pense qu’elle est particulièrement amplifiée par les lovapplis.

 

L’effet d’éviction : quand le numérique se substitue à l’expérience réelle et la déprécie

Les lovapplis ne s’inscrivent pas vraiment en complémentarité avec les usages classiques de la séduction. En fait, elles les remplacent, et ne pas sauter dans le wagon numérique, c’est prendre le risque de ne plus pouvoir créer de liens intimes. Snapchat me semble occuper une place particulièrement importante dans ce virage : permettant d’envoyer des photos et des messages éphémères, il est devenu un outil privilégié d’échange intime, mais toujours virtuel et différé, avec des partenaires ou des “crushs”.  Le hic, c’est que depuis l’arrivée de ce genre d’outils, il nous est plus difficile de séduire une personne hors ligne, surtout si celle-ci est sollicitée par son écran, au point de perdre de vue son environnement immédiat. Comment pouvons-nous laisser s’installer une atmosphère de séduction si, avec nos smartphones à la main, nous nous comportons comme des fantômes qui errent entre deux mondes ?

Certes, l’égarement de notre esprit n’est pas un phénomène nouveau. Mais, pour reprendre les mots de Nicholas Carr encore une fois, « nous n’avons jamais porté sur nous un appareil qui nous happe et nous distraie à ce point. En nous connectant à un ailleurs virtuel, le smartphone nous rend absents au monde environnant : il nous isole de ce qui se passe ici et maintenant. » De fait, la façon — frénétique, peu maîtrisée — dont nous utilisons les smartphones aujourd’hui redéfinit la place de la séduction dans nos société : elle tend à la limiter de plus en plus à la sphère numérique. Cela se traduit par des comportements d’attraction-répulsion à l’égard des lovapplis : nombreux sont ceux qui les installent puis les désinstallent pour enfin les réinstaller, comme s’ils savaient qu’au fond, ça se passe désormais ici, et que ne pas y être, c’est rater sa chance.

 

Le vertige du choix

Même si j’ai personnellement expérimenté tout ce dont je vous parle — question d’éthique —, cette question me taraude plus particulièrement. Loin d’être une aubaine, la multiplication des possibilités de faire des rencontres peut générer du stress — comment puis-je être sûr de faire le bon choix parmi toutes ces personnes ? Et vais-je réussir à parler à toutes celles qui m’intéressent ? — et de l’insatisfaction, puisque vous ne serez jamais certain d’avoir créé des liens avec la bonne personne, tout comme vous ne pourrez pas parler à tout le monde de manière convenable. Face à un tel vertige, le risque est d’être incapable d’effectuer un choix et donc, de ne jamais s’engager pleinement dans une relation.

 

Pour conclure ? 

Les effets pervers des lovapplis que j’ai identifiés dans cet article mériteraient d’être approfondis — tant sur la question de leur existence véritable que sur celles de leur cause et de leur impact, mais il me semblait important de vous partager ma vision sur le sujet.

Ce qu’il faut retenir, c’est que ces effets ne sont pas tant la conséquence du numérique lui-même que de l’usage majoritaire que nous en faisons, un usage fortement influencé par les concepteurs d’applications — les architectes du choix, comme diraient Thaler et Sunstein —  et par les valeurs dominantes de l’économie néolibérale. En d’autres termes, ils ne sont pas la conséquence nécessaire de l’introduction du numérique dans nos vies sentimentales, mais sont le fruit de comportements et de choix qui auraient pu ne pas être adoptés.

Par ailleurs, le fait que je me focalise sur les effets pervers des lovapplis ne veut pas dire qu’elles n’ont que des mauvais aspects. Un usage modéré de ce genre d’applications, s’il réintroduit de la lenteur, de la persévérance et de la prise d’initiative dans nos relations sentimentales tout en évitant d’emprisonner la création de celles-ci dans la sphère numérique me semble être possible, bien que je n’en sois pas partisan.

En revanche, ce qu’il faut bien comprendre, c’est que la contingence de cet usage des applications ne signifie pas qu’aujourd’hui leur impact est neutre : certes, nous pourrions les utiliser autrement, mais de fait, l’usage que nous en faisons actuellement tend à redéfinir notre conception des relations amoureuses, où l’effort, l’originalité, la durée et la confiance semblent quelque peu dévalorisés.

Bertrand T. Roth

Je vais probablement rééditer cet article dans les prochains jours afin de préciser ma pensée et de nuancer certains de mes propos si nécessaire, en attendant, je vous invite à partager vos avis respectueux sur la question. 

 

Numérique et respect de l’autre

Avant-propos

Ce texte traite de notre rapport aux êtres humains, et notamment du respect des individus sous une forme peu évidente : l’attention. A mon sens, celui ou celle qui cherche à suivre un mode de vie éthique peut difficilement contourner cette question, compte tenu de l’omniprésence du numérique et de sa capacité à absorber notre attention, bien souvent au détriment d’une relation authentique à l’autre.

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Sommes-nous bien là ?

Il y a des situations dont on aimerait ne pas saisir la portée. C’est souvent ce que je me dis lorsque je regarde autour de moi. Ce qui m’a frappé jusqu’à présent, c’était la facilité avec laquelle les gens peuvent manger des êtres sensibles tout en exprimant de la joie. Comme si un court instant de plaisir valait la mise à mort d’individus sentients, dans des conditions où toute dignité leur est ôtée. Il y a, je le disais, des choses comme ça qui vous frappent. Plus précisément, elles font naître en vous un sentiment de l’absurde que vous ne souhaitez plus jamais rencontrer. Le fait est que parfois, celui-ci revient vous saisir dans des situations où vous ne l’attendez pas.

C’était il y a quelques semaines, en cours de Ressources Humaines. Le prof’ se tenait devant nous depuis deux heures, mais à bien y regarder, son cours n’avait cessé d’être interrompu. Rien de nouveau, pourrait-on penser : les étudiants bavards, c’est aussi vieux que l’école. Sauf que… cette fois-ci, personne n’avait parlé. Ce n’était pas le bruit qui avait perturbé le cours de M. Dupont, mais son absence. Muets, les yeux rivés sur leurs écrans, les étudiants erraient avec un contentement apparent sur les réseaux sociaux, comme si leur raison d’être dans cette salle n’était pas, comme si le professeur n’avait jamais été là. Dans quelques tentatives désespérées, ce dernier lançait parfois : « c’est bon, je vous ai là, vous êtes avec moi ? »

Je n’ai pas assez de mots pour vous décrire le caractère misérable de ce que je voyais là sous mes yeux. Un mélange d’indifférence implacable et de mépris généralisé, couplé à l’impression que tout cela n’avait l’air de ne déranger que moi et le professeur qui s’était, je le crois, déjà résigné. C’est peut-être cela qu’on appelle la négation d’un individu. Ou plutôt, la double négation. Car celui qui la fait subir, absorbé qu’il est par son écran, n’est aussi que l’ombre de lui-même, une personne qui se tient physiquement à vos côtés mais dont l’attention est en proie à des forces qui le dépassent.

Evidemment, cette absence dans la présence n’a pas attendu le numérique pour exister : nous avons toujours eu des moments d’inattention, notre cerveau étant incapable de veiller en permanence. Il ne faut pas non plus penser que cette absence dans la présence est la seule trajectoire offerte par nos outils high-tech. En revanche, force est de constater que l’omniprésence des terminaux numériques dans nos espaces de vie accroît sensiblement les risques qu’elle advienne et que, progressivement, elle devienne notre façon d’être par défaut. 

Ainsi, plus que jamais l’attention s’apparente à une ressource en voie de disparition, et son accord, pourtant si simple, un privilège. Je pense que nous ne prenons pas encore la mesure des dégâts humains qu’un tel déclin peut provoquer. Personnellement, je vous confesse me sentir de plus en plus seul lorsque je suis avec des gens, dans la mesure où la profondeur et l’authenticité de nos discussions sont sans cesse compromises par le parasitage du numérique. Une notification par-ci, un appel par-là, un coup d’œil sur le fil d’actualité pour finir… tout ça me laisse l’impression que nous passons à côté de l’essentiel : être là, ensemble, ici et maintenant.

J’en sors toujours un peu désolé et insatisfait, comme si nous n’avions pas partagé pleinement les moments passés ensemble. Comme si ces moments avaient eux aussi été des consommables, qu’on avait pris et jetés selon notre bonne volonté, mais que rien n’en restera. Pour me consoler, je me dis que j’ai limité la casse en laissant mon portable sur mode avion. Mais rien n’y fait, je crois que peu de gens y voient une manière de respecter l’autre.

B. T. R.

 

Et si les militants n’étaient pas toujours les meilleurs défenseurs des causes ?

Beaucoup d’entre nous souhaitons voir advenir un monde meilleur. Certaines personnes y consacrent même leur vie : elles sont engagées dans des associations, participent à des campagnes, et se rendent à des manifestations – ce sont des militants.

Pour être moi-même concerné, je crois connaître la volonté première de chaque militant : gagner le combat. Ils y pensent chaque jour, souvent durant plusieurs heures. « Il faut que ça marche », murmure une voix dans leur tête. Cela n’a rien d’anormal : lorsque nous entreprenons quelque chose consciemment, nous souhaitons toujours que cela aboutisse — cela ne veut pas dire que nous mettons nécessairement en oeuvre les moyens adéquats. En cela, les militants ne sont pas si différents des entrepreneurs.

Au-delà de ce désir de réussir, ces deux types d’individus pourraient bien partager une autre caractéristique commune : la croyance selon laquelle leurs projets ne peuvent que réussir —  j’ai bien dit « pourraient », ce qui veut dire que ce propos ne s’applique pas à tous les entrepreneurs et les militants, mais que c’est un trait qui revient souvent. Votre ami super confiant qui a plaqué son boulot pour lancer son auto-entreprise n’est en cela pas si différent du militant persuadé que la campagne qu’il mène aboutira. Le problème de cet optimisme légèrement naïf, c’est qu’il favorise la prise de risque aveugle, détournant ainsi ces gens des points sur lesquels ils devraient être vigilants — vous êtes très probablement aussi concerné par ce phénomène, si vous pensez qu’en moyenne vous conduisez mieux que les autres et que vous êtes ainsi moins exposé aux risques que les autres conducteurs.  Généralement, cette surestimation de nos capacités à prospérer s’accompagne d’une autre croyance, selon laquelle nous sommes les seuls responsables de nos réussites (un peu comme quand après une partie de jeu, nous lançons le fameux : « j’ai gagné, je suis trop fort ! »).  Non seulement cette croyance est exagérée, dans la mesure où nous sommes rarement les seuls responsables de notre réussite; mais dans certains cas, elle pourrait être tout à fait fausse. Parfois, la réussite qui semble être la notre n’est en fait en rien liée à nos agissements. Il est d’ailleurs possible qu’elle soit le fruit de l’action de quelqu’un qui ne cherchait même pas à atteindre notre objectif.

L’anti-sérendipité — comment un individu lambda peut sans le vouloir mieux servir la cause du militant que le militant lui-même. 

A votre avis, qu’est-ce que le four à micro-ondes, la pénicilline, le Post-it, l’aspartame, ou encore le Viagra ont en commun ? Ce sont des découvertes et des inventions totalement inattendues, nées d’un concours de circonstances tout à fait fortuit, dans le cadre d’une recherche qui concernait… un autre sujet. Dans ces cas, on parle de sérendipité, le fait de « trouver autre chose que ce que l’on cherchait », à la manière de Christophe Colomb cherchant la route de l’Ouest vers les Indes, et finissant par atterrir en Amérique. Maintenant, imaginez un autre cas de figure :  vous cherchez ardemment à atteindre quelque chose, ce quelque chose est effectivement atteint, mais non par vous : à la place, il est accompli par un acteur dont ce n’était pas le but, et dont on n’attendrait pas qu’il accomplisse ce but. Comment appeler ça ? Je propose l’anti-sérendipité. Avant d’en préciser davantage les modalités, je vous propose déjà un tableau permettant de bien comprendre les bases :

Sans titre 3

Ce qu’il est vraiment important de comprendre dans le cas de l’anti-sérendipité, c’est que l’acteur qui trouve la chose n’est pas semblable à celui qui la cherche. Concrètement, lorsqu’un enquêteur recherche ardemment une dépouille mais qu’elle est finalement trouvée par un autre enquêteur, il n’y a pas anti-sérendipité. En revanche, si le cadavre est découvert par un enfant qui se balade sur Google Earth, du point de vue de l’enquêteur,  cela ressemble fortement à un cas d’anti-sérendipité.

Cependant, quelque chose manque au tableau : même dans ce dernier exemple, on ne comprend pas vraiment ce qui différencie la sérendipité de l’anti-sérendipité : en effet, on pourrait simplement dire qu’il s’agit d’un cas de sérendipité du point de vue de l’enfant, qui se balade sur Google Earth pour une raison X mais finit par trouver un cadavre.

D’où la nécessité de préciser la spécificité de l’anti-sérendipité : lorsqu’un acteur l’expérimente, il pense qu’il est auteur de la réussite qui est advenue, bien qu’elle résulte en fait de l’action d’un individu qui n’avait pas l’intention d’atteindre cette fin, ou d’un phénomène naturel hasardeux. Pour illustrer cela, imaginons un roi (appelons le Nagev) dont le royaume est assiégé. Un beau jour, alors que tout semble perdu, les attaquants s’en vont sans avoir laissé le royaume à feu et à sang. Le Nagev se félicite alors d’être parvenu à repousser l’ennemi grâce à sa stratégie militaire sans faille. Le hic, c’est que les ennemis ne sont pas partis en raison de la ténacité et de la forte résistance des soldats du royaume, mais parce que les victuailles commençaient à manquer et qu’ils devaient être de retour dans leur cité pour célébrer le mariage du fils de leur propre roi. En d’autres termes, Nagev s’enorgueillit d’une victoire qu’il croit sienne,  même s’il n’en est absolument pas responsable. Ce qu’il pense être une “victoire militaire” est simplement le résultat d’un concours de circonstances fortuit.

Sans titre 2

Seulement, Nagev accorde beaucoup trop d’importance à ses propres caractéristiques (caractère, intentions, émotions, connaissances, opinions) pour prendre en compte les facteurs externes et situationnels (les faits) ayant concouru à ce qu’il considère être une réussite. Ce faisant, il commet une “erreur fondamentale d’attribution”, notion de psychologie qui constitue un élément central de l’anti-sérendipité. Une des explications les plus couramment avancées de ce biais psychologique est que nous avons tendance à prendre la personne pour principal point de référence, tandis que la situation serait sous estimée et vue comme un simple arrière-plan. Telle est une des conditions d’apparition de l’anti-sérendipité.

Le problème est que Nagev n’est pas le seul à commettre des erreurs fondamentales d’attribution. Revenons à nos personnages initiaux : les entrepreneurs et les militants. Parmi eux, les individus qui connaissent le succès — et donnent maintenant des conférences — sont plus susceptibles de vous parler des « stratégies pour réussir »  que du rôle plus ou moins important que le hasard et la chance ont pu jouer dans leur parcours. Pourtant, ces derniers occupent une place indéniable, si bien qu’ils ne peuvent pas être évoqués seulement lorsqu’il s’agit de justifier des échecs.  Ne pas les reconnaître, c’est presque avancer que seules les actions mises en place ont été déterminantes et que les reproduire donnera lieu à coup sûr à une victoire. Or dans certains cas, on peut douter du fait que les actions réalisées ont réellement permis d’obtenir ladite victoire. Au contraire, elles ont peut-être même eu un impact contre-productif — ce qui est surtout vrai pour les militants. Mais cela, vous l’entendrez rarement sortir de la bouche des individus concernés. Mieux vaut promouvoir des stratégies contre-productives que de remettre en cause son approche de l’action !

Pour rendre mes propos plus parlants, je vais vous partager ma récente participation à une action de sensibilisation au sort des animaux. Avec les membres d’une association, nous arpentions les rues de Paris pour distribuer des tracts aux gens. Aux côtés de deux ou trois militants sympathiques, je prenais parfois le temps de m’arrêter et de discuter avec les passants curieux pour leur expliquer notre démarche. Les échanges étaient majoritairement cordiaux et constructifs : j’éprouvais plutôt de la satisfaction. Hélas, celle-ci fût de courte durée. En me rapprochant du cortège, je pus entendre les messages que lançait au micro notre porte-parole, marchant près des terrasses de restaurants : “Nous tuons tous les jours trois millions d’animaux pour VOTRE PLAISIR GUSTATIF, POUR LE STEAK QUE VOUS MANGEZ MAINTENANT !”.

Après avoir entendu ça, je saignais littéralement des oreilles. Je voyais que les clients des restaurants étaient vraiment outrés d’entendre ce genre de propos. Certains, d’ailleurs, ne se privèrent pas de répondre par une flopée d’insultes. Si l’objectif de l’action était de sensibiliser les mangeurs de viande au sort des animaux, on était mal barrés. On a beau avoir prouvé par a + b que culpabiliser les gens n’est pas un bon moyen de faire changer leurs comportements (en bien), rien n’y fait : certains militants vouent encore un culte à cette approche. Le pire dans cette histoire, c’était l’inconscience collective de la contre-productivité du discours. On aurait du couper le micro à la porte-parole, pas l’applaudir. Dans ce cas précis, j’ai tendance à croire que le militant végane a moins d’impact positif pour les animaux que l‘agriculteur normand qui remplace le beurre par de l’huile de colza parce que ça lui coûte moins cher. Pourtant, c’est le premier qui se targuera d’être un défenseur actif des animaux. Il se pense être l’acteur majeur du changement, celui qui fait avancer les choses, sans voir qu’en fait il stationne, tourné dans la mauvaise direction, et que si le changement s’accélère, c’est grâce à un moteur tout à fait différent. Anti-sérendipité, quand tu nous tiens. 

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Le besoin d’intervention — mais pas que. 

Le problème majeur du fait de s’attribuer tout ce qui ressemble à une victoire, c’est donc de ne pas remettre en question des stratégies potentiellement inutiles ou contre-productives, et d’y recourir systématiquement, sans s’interroger sur leurs effets. En quelque sorte, certains individus ou collectifs ressentent le besoin systématique d’intervenir dans une situation, parce qu’ils pensent être indispensables au bon déroulement des choses. C’est parfaitement compréhensible, et même justifié dans une certaine mesure, notamment en ce qui concerne la défense des animaux : si nous ne faisons rien, ces derniers continueront d’être massacrés par milliards pour servir les intérêts humains.

Pour autant, une situation critique ne justifie ni l’emploi et la glorification de méthodes dont l’inefficacité est universellement reconnue — crier sur autrui, sous-entendre ou déclarer ouvertement qu’il est un salaud de carniste, etc.  ni le fait de foncer tête baissée sans s’interroger sur la pertinence de leurs actions. Mais il n’est pas facile d’éviter ça, puisqu’il est justement attendu des organisations militantes qu’elles agissent. Un sympathisant de la cause préférera généralement donner de l’argent à une association “qui agit contre vents et marrées”, plutôt qu’à une association qui s’abstient parfois d’agir parce qu’elle estime que c’est moins pertinent. Comme le dit Nassim Taleb dans son ouvrage Antifragile, « It’s much easier to sell “Look what I did for you” than “Look what I avoided for you”. » En d’autres termes, le risque que l’association agisse au détriment de son efficacité est potentiellement favorisé par la structure organisationnelle des organisations militantes, dont le financement repose sur la mise en place d’actions quelles qu’elles soient.

La condition originelle des organisations militantes favorise donc l’anti-sérendipité, puisqu’elle les invite à mettre en place des actions quitte à ce qu’elles ne soient d’aucune utilité et à s’attribuer des succès qui ne sont pas les leurs, faute de quoi ces organisations risqueraient de ne pas avoir les ressources nécessaires à leur survie.

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La préférence pour la neutralité, un cadeau pour l’anti-sérendipité 

Pourquoi, quand il s’agit de défendre leur cause, les militants sont-ils parfois détrônés par d’autres acteurs, même si ces derniers n’ont a priori rien à voir avec la cause en question ? Nous avons déjà évoqué un premier élément de réponse : la contre-productivité. Si un militant commet des actions-contreproductives, son apport à la cause est logiquement moindre que ceux dont l’apport est nul ou positif (si tant est qu’un apport nul existe, ce qui est discutable), ce augmente de fait son risque de rencontrer l’anti-sérendipité.

Mais il y a quelque chose de plus intéressant. Beaucoup plus, même. Ma réflexion a démarré il y a un an et demi. Je percevais déjà l’idée que parfois, paradoxalement, la personne qui semble être la mieux placée pour lutter contre un problème est en fait moins efficace que d’autres acteurs. L’intuition m’est venue en tombant par hasard sur une émission de télé où des stars appelaient au don pour une cause humanitaire. J’ai ensuite réalisé que les militants eux-mêmes font parfois appel à des chanteurs célèbres ou à des humoristes pour faire passer leur message vous souvenez-vous de l’enquête L214 présentée par Guillaume Meurice ? 

La raison du recours aux personnalités célèbres par les milieux militants semble évidente. Les stars sont généralement plus connues que les militants, ce qui leur permet de toucher davantage de gens qu’eux. En plus, une star parle à des gens qui n’ont pas toujours l’habitude d’être exposés aux idées militantes, d’où leur valeur-ajoutée.

Cela dit, la seule célébrité des stars n’épuise pas la question de leur avantage par rapport aux militants. En y regardant de plus près, il s’avère que ces derniers font l’objet de stéréotypes négatifs, tandis que les stars bénéficient généralement d’une image assez consensuelle  assez, j’ai dit. C’est comme si, par la catégorie à laquelle on l’identifie, le militant était passé de l’autre côté, il serait l’autre, différent de “nous-les-gens-ordinaires“, un individu marginal “déconnecté de la réalité“, volontiers naïf et culpabilisateur. Comment pourrait-on l’écouter !

Mais que lui vaut ce traitement aussi réducteur ?  Avant de poursuivre, j’aimerais préciser que je conçois parfaitement que les idées et les agissements de militants puissent faire l’objet de désaccords. Tout le monde ne partage pas les mêmes idéologies, et même lorsque c’est le cas, cela n’implique pas nécessairement un consensus sur les façons d’atteindre les objectifs communément partagés.  De même, force est de constater que certains militants ont effectivement des comportements de nature à alimenter ces stéréotypes négatifs. Mais pour moi, tout cela ne suffit pas à expliquer le rejet ou le mépris dont peuvent faire l’objet certains d’entre eux, surtout lorsqu’ils ne demandent rien à personne.

Peu importe ce qu’ils pensent, disent ou font exactement, les militants irritent. Rien que le fait d’évoquer le terme hérisse les cheveux de votre oncle de droite. Une des pistes d’explication de ce phénomène nous vient de la psychologie sociale :  comme l’a montré Tajfel grâce au paradigme des groupes minimaux, une simple catégorisation arbitraire « eux-nous », sans vrai enjeux, sans relation antérieure entre les groupes ou les individus suffit à déclencher des comportements visant à favoriser l’endogroupe, c’est-à-dire le groupe auquel on s’identifie. Dans notre cas, le simple fait de pouvoir distinguer « militants et non-militants » entraînerait une affiliation à l’un de ces deux groupes et la volonté de la favoriser par rapport à l’autre.

La seconde piste d’explication de la défiance envers les militants ne réside pas dans une théorie de l’identité sociale, mais dans un biais cognitif qui nous pousse à préférer les avis « neutres » par rapport aux avis engagés. Le militant, celui qui attaque un problème par la racine, exigeant par là même un changement radical de la société, se voit souvent qualifié de teneur d’une position « extrême », quand bien même celle-ci n’est pas déraisonnable. En cause, le biais du juste milieu,  cette tendance à croire que la vérité doit se trouver entre deux positions extrêmes. Bien que dans les faits, la position rationnelle sur un sujet se situe souvent entre deux extrêmes, cela ne peut être présumé sans tenir compte des preuves. Parfois, la position extrême est réellement la bonne, mais il arrive également que tout le spectre de la croyance soit faux, et dans ce cas la vérité existe dans une direction orthogonale qui n’a pas encore été considérée.

Le fait est que le militant n’a pas souvent le droit au bénéfice du doute. Sa position est trop radicale, et le militant étant l’incarnation même de cette position extrême, on répugne à l’écouter, même si l’on peut chérir les mêmes valeurs que cet individu. Cela permet de comprendre pourquoi il est des situations où le militant n’est pas le mieux placé pour défendre sa cause, bien que paradoxalement, il en connaisse le mieux les tenants et les aboutissants.

 

De l’intérêt de l’activisme furtif – wait before beating me

Cette méfiance envers les militants se fait ressentir lors de la conduite de campagnes associatives. C’est comme si l’enveloppe politisée par laquelle ils font passer leurs messages faisait fuir les responsables auxquels ils s’adressent. Je suis prêt à parier que si une classe de cinquième proposait le même type de recommandations que les leurs (proposer des alternatives 100% végétales dans les cantines scolaires, par exemple)leur projet ferait mouche et ils décrocheraient un trophée pour l’innovation écologique la plus ambitieuse de l’année à moins que le chef cuisinier de l’établissement soit du genre à s’afficher avec un t-shirt 100% viandard pour défendre ineptement ses privilèges. Le fait est que les militants ont perdu l’innocence de ces citoyens bien intentionnés. Ils font désormais partie d’organisations qui proposent des programmes politiques. “Ils ne sont plus comme nous, ils sont un peu trop radicaux”, entend-on bien souvent.

Comment éviter de se faire catégoriser de la sorte ? Notons que le problème n’étant pas tant la catégorisation en elle-même que l’indifférence à la parole du catégorisé qu’elle engendre. Si une organisation militante cherche à convaincre le grand public, j’ai tendance à croire qu’il est préférable qu’elle affiche clairement ses motivations et ses objectifs. Au moins, les gens qui adhèrent savent pourquoi ils adhèrent, et l’organisation n’a pas à craindre que ses “rangs” soient remplis de manière factice par des gens quelque peu indifférents.

En revanche, je suis un peu plus sceptique lorsqu’il s’agit de convaincre des décideurs publics afin de peser sur des décisions qui pourraient être bénéfiques à des causes. Il me semble à ce titre qu’insister sur des motivations consensuelles (disons la défense de l’environnement et de la santé humaine) afin de gagner en légitimité auprès de ses interlocuteurs, mais organiser des campagnes qui servent des causes plus clivantes (reprenons l’exemple de la défense des animaux) est plus prometteur. Je ne prétends pas qu’il s’agit là d’une vérité universellement valable, mais c’est en tout cas le fruit de mes observations. En politique, être audible, ça compte.

Si j’étais un dirigeant du secteur public (disons un directeur de restaurant administratif) et que l’Institut Mange Bien m’invitait à proposer des menus « plus sains et durables », je serais probablement plus enclin à collaborer que si j’étais joint par une « association antispéciste qui lutte contre l’exploitation et le meurtre des êtres sentients ».  Telle est la triste vérité : un objectif a beau être noble, on n’a pas forcément intérêt à le présenter dans son intégralité à son interlocuteur, surtout si c’est un décideur politique.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que je ne suis pas en train de dire qu’il faut revoir ses objectifs à la baisse, mais qu’on peut avoir intérêt à les présenter de façon à ce qu’ils intéressent davantage les décideurs publics. En d’autres termes, en ce qui concerne la question animale, il me semble qu’il est possible de servir l’abolitionnisme (en participant à la mise en place d’alternative végétaliennes dans la restauration collective, condition nécessaire mais non suffisante de l’arrêt de l’utilisation des animaux) sans le revendiquer ouvertement auprès des décideurs à qui l’on s’adresse. Pour autant, je ne pense pas que cela soit assimilable à du neo-welfarisme, l’approche promouvant des formes d’exploitation animale plus douces avec pour hypothèse de départ que ces petites avancées nous rapprochent de la fin de l’utilisation des animaux.

Cela dit, j’aimerais préciser que je ne me prononce pas en faveur de la même approche pour se présenter aux gens ou grand public. Tous les gens que je fréquente, même superficiellement, savent que je consomme végane et que mon objectif est la disparition de la viande au profit d’alternatives semblables mais éthiques et meilleures pour la planète. Lorsque je prends part à des campagnes associatives destinées au grand public, le message n’est jamais ambigu : il concerne les animaux et demande l’arrêt de leur utilisation, pas autre chose. Quand je mange avec des inconnus, je n’ai pas de mal à leur expliquer que je mange végétalien pour les animaux.

En revanche, comme vous l’avez peut-être compris en lisant les lignes précédentes, je ne me présente plus de manière identitaire (adieu le “je suis“), afin d’éviter de créer les conditions favorables au clivage “nous” versus “les autres”, lui-même générateur d’anti-sérendipité, puisqu’il me place dans une situation où mon message se fait moins entendre.

 

Le remède à l’anti-sérendipité

Nous avons dit plus haut qu’une des conditions d’apparition de l’anti-sérendipité de certains militants est la croyance en l’efficacité de leurs actions ne reposant pas sur des preuves — qui peut les pousser à adopter des stratégies sans se poser la question de leur pertinence. Ce phénomène est notamment enrichi par la tendance humaine à attribuer des mauvaises causes à des phénomènes, puisqu’elle invite certains militants à considérer que leurs agissements sont à l’origine de victoires, quand bien même il est permis d’en douter, compte tenu de la complexité du contexte dans lequel elles s’inscrivent généralement, et de l’absence de preuve manifeste, dans bien des cas.

Loin de considérer que le militantisme est nécessairement inefficace – au contraire, il est un élément central de la diffusion d’idées progressistes – et que tout militant se heurte à l’anti-sérendipité, je dis simplement que les militants s’exposent au risque d’être contre-productifs lorsqu’ils n’interrogent pas leurs stratégies et s’attribuent systématiquement des victoires sans interroger les faits.

Pour éviter d’être trompé par sa propre perception de la causalité des phénomènes, il me paraît important de veiller à garder en tête les quatre points suivants, mis en avant par François Simiand dans La causalité en histoire (1906) :

  • Définir en termes généraux l’effet précis proposé à l’explication : on éviterait le danger où celui qui explique s’adonne à des vues tellement générales qu’il tombe l’abstraction arbitraire et trop éloignée de la réalité. Par exemple, au lieu d’expliquer « la Révolution de 1848 », il s’agirait d’analyser « le renversement d’un gouvernement impopulaire par un petit groupe d’opposants ».
  • Toujours veiller à distinguer conditions et cause : ce n’est pas parce que je mets en place les conditions nécessaires d’un événement que je le cause. Exemple : ce n’est pas parce que je mets en place des menus sans viande dans une cantine que ses usagers s’arrêteront de manger de la viande. Pourtant, pour que le monde s’arrête de manger de la viande, il est nécessaire d’avoir des menus sans viande dans nos cantines.
  • Toujours expliciter l’antécédent immédiat : « du phénomène pris pour explication au phénomène à expliquer on saute par-dessus trop d’intermédiaires, non-aperçus ou en tout cas non-analysés », explique Simiand. Pour éviter cela, et donc tenter d’avoir une rapproche réelle de la cause d’un événement, il semble pertinent de chercher son ultime élément déclencheur.
  • Toujours à établir des propositions explicatives dont la réciproque soit vraie. En gros : “les mêmes causes produisent les mêmes effets”, et “le même effet provient probablement de la même cause”, la cause étant ici l’antécédent immédiat, et pas les conditions d’existence du phénomène (c’est très tentant de les confondre). Exemple : une loi d’interdiction de la viande aboutit à l’interdiction de la viande, l’interdiction de la viande est sûrement le fruit d’une loi visant à l’interdire.

En d’autres termes, il s’agit de se prêter à l’analyse rigoureuse du rapport entre causes et conséquences, afin d’avoir une vision moins faussée des impacts de nos actions, et d’identifier aux mieux ce qui permet vraiment de changer le monde.

Voilà de quoi éviter de se bercer d’illusions : qui trouve les bonnes causes défend le mieux la sienne.

Bertrand T. ROTH

 

 

N’hésitez pas à contre-argumenter mes observations et réflexions dans le calme et le respect. Je me ferais un plaisir d’échanger avec vous.