Le véganisme est un phénomène sectaire — Argumentum ad secta

Quand un individu révèle ou partage ses opinions antispécistes (en faveur de l’égale considération des intérêts des êtres sensibles), il n’est pas rare qu’on lui demande s’il fait partie d’une secte. D’ailleurs, dans certains cas, on ne lui demande même pas : on l’affirme.

Cette réaction relève souvent d’une stratégie qui consiste à présenter la position antispéciste de façon volontairement erronée. Il s’agit de créer un argument épouvantail facilement réfutable puis de l’attribuer à son opposant. On appelle cela le sophisme de l’épouvantail.

« Il est incohérent de se baser sur le critère de l’espèce à laquelle appartient un animal pour décider de la manière dont on doit le traiter et de la considération morale qu’on doit lui accorder.

– Quel discours sectaire ! »

Le propos est généralement teinté de mauvaise foi et se caractérise par un fait notable : il ne s’accompagne ni d’une volonté d’expliquer sa position, ni d’entrer dans un débat rationnel et argumenté.

On ne saura donc pas ce qu’est une secte (quelles en sont les caractéristiques précises ?), ni dans quelle mesure le discours antispéciste relève d’un phénomène sectaire.

En d’autres termes, une fois que la thèse adverse a été connotée de façon péjorative (« tu fais partie d’une secte ! »), le tour est joué : on n’a pas besoin d’apporter de justification sur le fond. Avoir qualifié la thèse adverse de sectaire permet de s’extraire du débat.

Sous-genre de l’argumentum ad odium,  l’argumentum ad secta peut avoir un nom rien que pour lui tant il est courant dans les échanges sur les thèmes aussi épineux que les questions d’éthique animale.

Le principal problème que l’argumentum ad secta pose, c’est qu’il implique de faire l’économie d’une analyse sérieuse et rationnelle du phénomène abordé. Lançant son argument de manière réflexe, l’individu qui crie à la secte ne cherche pas à savoir si le propos en question relève effectivement d’un discours sectaire potentiellement dangereux ou non.

Ainsi, il risquerait de faire du tort (en les décrédibilisant) à ceux qui pointeraient sincèrement les dérives de certains mouvements. Et des dérives, il peut toujours y en avoir. C’est pourquoi un mouvement constructif se doit de rester alerte sur ces questions et de s’ouvrir à la critique argumentée. Mais si les critiques sont majoritairement fallacieuses et reposent sur des assimilations infondées avec des mouvances dangereuses, alors il n’est pas possible de les prendre en compte : le débat n’avance donc pas et le mouvement pourrait bien être conforté dans l’idée qu’il a raison.

Dans notre exemple, une fois la mauvaise critique invalidée, les antispécistes pourraient être confortés dans l’idée qu’ils ont raison de ne pas placer les intérêts de l’espèce humaine avant ceux de toutes les autres. Ce résultat  n’est sans doute pas recherché par celui qui émet la pseudo-critique qu’est l’argumentum ad secta,  mais il se pourrait bien qu’il en soit la conséquence implacable.

Finalement,  l’argumentum ad secta risque fort d’avoir un effet contre-productif. A consommer avec… argumentation !

Herlock Sholmes

Plus d’informations :

Comment reconnaître une secte : https://www.info-sectes.org/pages/secte.htm

L’antispécisme : https://fr.wikipedia.org/wiki/Antisp%C3%A9cisme

Des cours de psychologie sociale sur les dérives sectaires : https://cortecs.org/cours/psychologie-sociale-derives-sectaires-utilisation-de-celebres-experiences-de-psychologie-sociale/

 

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