L’émeute du Nutella : un traitement médiatique psychologisant

Je viens de parcourir une bonne dizaine d’articles sur « l’émeute du Nutella » survenue hier dans un supermarché de la Loire.

A la quasi-unanimité, ces comportements violents sont décrits comme des « actes de folie ». Il faudrait comprendre que nous avons affaire à des cas pathologiques individuels. Les gens qui ont agit de la sorte seraient simplement « dérangés » ou « violents » par essence. Nous ne serions pas concernés, nous, observateurs critiques.

Cette grille de lecture — bien que rassurante — est trop simpliste et ne permet pas de saisir toute la complexité du phénomène à l’œuvre. Ces comportements ne sont pas tant la résultante de « troubles psychologiques » que les conséquences logiques d’un système qui favorise l’émergence de ce genre d’agissements : la société de consommation.

« Celle-ci nous dépossède de nous-même. Elle crée une identité de citoyen-consommateur qui ne nous correspond pas. Nous identifions notre bien-être au « avoir » et non à « être ». C’est à dire au confort matériel plus qu’à notre condition humaine. Donner de plus en plus de sentiments au matériel n’est pas un signe de progrès. La standardisation des relations, l’uniformisation des modes de vie dépouillent toute individualité. En voulant être comme les autres, nous ne sommes plus rien, ni nous-même, ni les autres. Nous devons remettre en question notre façon de produire, de consommer. Une vie vécue n’est pas forcément une vie bien remplie, mais une vie où l’on a réussi à exister en tant qu’individu, libre de ses choix et de ses pensées. »

Plus que jamais, il est nécessaire de reprendre le contrôle. De redonner du sens à nos interactions, à nos actions. De faire des choses que l’on juge éthiques, d’aider l’autre, de chercher à préserver son autonomie et sa liberté de jugement, même si ça fait ringard ou marginal : c’est ça qui nous rend humain.

Aussi faut-il garder à l’esprit que les règles du jeu auquel nous participons tous ne sont pas figées. Elles sont le fruit d’une construction économique, sociale et politique bien datée, et qui ne sera sans doute pas éternelle. En d’autres termes, ce système n’est pas « naturel » ni « le seul possible » : il a été façonné, et ne tient debout seulement parce qu’il favorise la passivité et la résignation des citoyens.

Dans ces conditions, il ne faut sous-estimer ni la portée du champ politique (au sens large) dans la détermination de nos conditions d’existences, ni sa capacité à améliorer celles-ci.

Par l’action collective et individuelle, l’adhésion à des associations, l’expression du refus à ce qui semble contraire à nos valeurs et autres modes d’expression, nous avons une marge de manœuvre, fût-elle infirme. Saisissons-la.

Comprendre en profondeur les mécanismes à l’œuvre : https://blogs.mediapart.fr/astier-valentin/blog/180717/notre-vie-d-alienation-33-la-societe-de-consommation

 

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