Faut-il taxer la viande ? Des économistes s’interrogent

La question peut sembler quelque peu saugrenue. S’agirait-il d’une lubie de militants anti-viande zélés ? Pas vraiment. C’est l’interrogation sur laquelle s’est penché jeudi dernier Nicolas Treich, directeur de recherche à l’Institut National de Recherche Agroalimentaire (INRA), lors d’une conférence sur l’économie de la condition animale. Économiste de formation, il s’emploie depuis plusieurs années à traiter la problématique de la consommation de viande en termes économiques. C’est donc avec rigueur scientifique et honnêteté intellectuelle que le conférencier a présenté ses travaux à un public nombreux et enthousiaste.

Consommation de viande : où en est-on ?

La France semble être entrée dans une phase où la consommation de viande diminue… « à une exception près », souligne l’économiste. En effet, si les achats de viandes bovines, ovines et porcines sont sur le déclin (jusqu’à -10% pour la viande de boeuf en 15 ans), la consommation de volaille quant à elle s’accroît considérablement. Une tendance qui n’est pas sans poser quelques problèmes, que l’on peut appréhender avec les outils classiquement utilisés en sciences économiques.

Les coûts de cette consommation

Lorsque la production ou la consommation d’un bien nuit à une tierce partie,  on parle généralement « d’externalités négatives ». Dans la mesure où, au-delà de son strict coût de production, la consommation actuelle de viande entraîne d’autres coûts pour la société, elle est bien productrice d’externalités négatives. Voyons ce qu’il en est.

Premièrement, son niveau de consommation est trop élevé d’un point de vue purement sanitaire, si bien que la France est le pays européen avec la consommation la plus élevée d’acides gras, dépassant ainsi les préconisations de l’OMS. Un tel niveau de consommation a donc des répercussions épidémiologiques, en plus de peser financièrement sur le système de santé.

Deuxièmement, les impacts environnementaux de l’élevage sont très importants. Pollution locale de l’air liée aux émissions d’ammoniac, pollution de l’eau, pollution des sols, déforestation : les conséquences négatives de cette activité sont nombreuses. La plus inquiétante est sans doute l’émission de GES : l’élevage représente 15% des émissions de gaz à effet de serre, soit plus que tous les transports réunis. Pourtant, le secteur ne représente qu’environ 1 à 2% du PIB.

Le hic, c’est que la production de viande est largement subventionnée, ce qui signifie qu’une partie des impôts finance cette activité et ses externalités négatives sur les plans sanitaires et environnementaux. Un financement dont on peut par conséquent mettre en cause la légitimité, et ce d’autant plus que la viande entraîne des externalités négatives indéniables pour les animaux eux-mêmes ainsi que pour les citoyens qui s’en soucient.

Faut-il taxer la viande, dès lors ? 

Comme toute activité économique à l’origine d’externalités négatives, il est possible d’envisager sa taxation. C’est ce principe qui a conduit le gouvernement Ayrault à mettre en place une taxe carbone sur les produits énergétiques en 2014. Concernant la viande, cela serait d’autant plus faisable que les principaux arguments opposables à la taxation sont peu recevables. En effet, les arguments classiques du “choix personnel” ou de la “liberté de manger ce que l’on veut” font pâle figure par rapport aux externalités négatives du produit en question.

C’est pour cette raison que dans leurs différents rapports, le Conseil suédois de l’agriculture (2013), l’ONU (IRP, 2016) et le Conseil Economique pour le Développement Durable (2016) préconisent la taxation de la viande. Malgré cela, les pouvoirs publics français – et même européens – peinent à envisager la régulation de l’élevage. Pour l’heure, ils restent cantonnés dans une logique de subvention de la filière au lieu de l’inviter à prendre en charge le coût des externalités qu’elle génère. Une position qui peut sembler contradictoire avec les discours affichés. Make our planet great again !

T. ROTH

 

 

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