Les véganes, ces hippies qui vivent dans le monde des bisounours

Cette phrase vous frappe par son manque de nuance ? C’est bien, vous êtes normalement constitué.e : il est évidemment absurde de généraliser quelques comportements marginaux à l’ensemble d’un mouvement. Vous aurez peut-être même remarqué qu’il s’agit d’un sophisme visant à caricaturer les idées défendues par les promoteurs des droits des animaux pour mieux les écarter : la fameuse technique de l’homme de paille.

L’usage de ce genre d’arguments trompeurs est vraiment quelque chose qui me révolte, et j’aimerais vraiment que chaque citoyen soit intellectuellement armé pour s’en protéger – quitte à être végane, autant être idéaliste. Ce qui m’embête, c’est qu’aujourd’hui encore, certains véganes (et beaucoup de végétariens, aussi) donnent du grain à moudre à nos détracteurs par leurs comportements ou leurs propos. Une aubaine pour certains individus prêts à exploiter chaque dérapage pour taper sur le véganisme.

Ainsi, je vous propose dès maintenant de passer en revue les comportements et propos qui non seulement nuisent à la crédibilité du mouvement animaliste  et ouvrent un boulevard à nos détracteurs, mais qui en plus peuvent s’avérer dangereux. Qu’on se le dise : ces comportements sont minoritaires, et c’est justement parce qu’ils nuisent à cette cause noble qu’il est souhaitable de les dénoncer.

 

La propagation de mythes alimentaires

“Les êtres humains sont biologiquement herbivores” . Le refrain s’est peu à peu fait une place dans le milieu des végés (merci Gary). Les hommes ont la même dentition que les gorilles, des intestins plutôt longs… donc ils seraient faits pour ne manger que des légumes, et le carnisme (le fait de manger de la viande, en gros) ne serait qu’une simple erreur de parcours commise par l’humanité. Sauf que… ce point de vue va juste à l’encontre du consensus scientifique sur le sujet. En effet, il ne fait plus aucun doute quant au fait que l’homme est omnivore (c’est-à-dire qu’il peut manger de tout) et que manger de la viande et des produits d’origine animale n’était pas qu’une simple option, mais une nécessité vitale… jusqu’au XXème siècle.

En effet, avant le XXème siècle, la seule possibilité d’obtenir de la vitamine B12 (nécessaire au bon fonctionnement neurologique) était de manger des produits d’origine animale. Depuis qu’on peut la cultiver en laboratoire (1948), il est possible de s’abstenir de la consommation d’animaux tout en restant en bonne santé, pour peu que l’on assure ses apports en B12, avec des compléments. Et il n’y a aucun mal à ça : vous pouvez envoyer balader celui ou celle qui vous dira que ce n’est pas naturel. Avoir un ordinateur, vivre dans une maison, protéger ses rapports sexuels et manger des médicaments, c’est pas naturel non plus. Pourtant, c’est bien d’en avoir la possibilité, je crois.

En revanche, ce qui est grave, c’est de propager le mythe selon lequel on est faits pour manger des légumes, en tirant la conclusion qu’il n’y a pas besoin de se complémenter en rien du tout. Je le répète : il est nécessaire de se complémenter en vitamine B12. Aussi faut-il veiller à ses apports en vitamine D, en iodes et en oméga 3. C’est pas compliqué, mais faut le faire. Autrement, on risque de mettre en danger notre santé et celle des autres. Oui, ce n’est pas naturel, mais si ça permet de vivre en paix avec sa conscience, on s’en fiche.

En y pensant, se complémenter en B12 permet de répondre à un besoin éthique (en l’occurrence ne pas nuire à des êtres sensibles), dont la satisfaction me semble toute aussi importante que celle des besoins purement physiologiques tels que manger et boire. La boucle serait donc bouclée.

 

Le mépris pour la science et l’adhésion peu critique aux médecines alternatives

Si certains végétariens et végétaliens ne se complémentent pas, c’est qu’ils n’ont pas nécessairement connaissance des enjeux de santé. Pour autant, j’ai pu croiser des gens qui refusaient ouvertement de prendre des compléments alimentaires sous prétexte qu’ils ne voulaient pas enrichir les lobbies pharmaceutiques.

Alors oui, les industries pharmaceutiques ne sont pas exemptes de tout reproche. Mais dire qu’elles “ont inventé la soi-disant nécessité de se complémenter en B12 juste pour faire du profit“, c’est non seulement incorrect, mais aussi, encore une fois, dangereux.

Le combo, c’est quand ce genre de propos s’associe à une sympathie prononcée pour les pseudo-médecines. Clairement, là, on doit parler de moins de 10% des végés (je ferai une enquête prochainement). Mais puisque mon but est justement de dénoncer certaines opinions potentiellement nuisibles au mouvement, je me lance.

Je vois régulièrement circuler des posts qui vantent les mérites de l’homéopathie. Doit-on encore rappeler que son efficacité thérapeutique n’est pas supérieure à celle d’un placebo, et qu’en plus, beaucoup de ses ingrédients sont des produits d’origine animale ? Plus généralement, un ensemble de médecines alternatives (notamment le soin par des régimes qui excluent des catégories d’aliments comme les céréales ou les graisses) semblent être appréciées par une frange minoritaire des végétariens et végétaliens – on peut noter que ce phénomène n’est certainement pas spécifiques aux gens qui ont renoncé à consommer des animaux. A la rigueur, ce n’est pas grave si l’on adhère à des médecines alternatives en complément des soins médicaux et hospitaliers. Le problème, c’est quand on rejette ces derniers pour s’en remettre entièrement à des pratiques dont l’efficacité thérapeutique laisse à désirer. Il en est de même avec toutes les croyances : lorsqu’elles restent à leur place, ça ne pose pas spécialement problème. Mais lorsqu’elles empiètent sur des connaissances bien établies, le bat blesse. 

 

Les insultes envers les éleveurs

Dans le genre contre-productif, on excelle. Le problème de la viande est collectif. Vu la situation financières catastrophique des éleveurs d’aujourd’hui, il n’est plus question de leur taper dessus mais de les inviter à se reconvertir.

 

Le manque de vision politique stratégique 

Hélas, il me semble que cette tare est bien plus répandue que les deux précédentes. Il n’est en effet pas rare de voir des individus condamner les initiatives dont l’ambition n’est pas l’abolition immédiate de l’exploitation animale. Pourtant, certaines de ces initiatives (comme la campagne de L214 pour la fin de la vente d’oeufs en provenance d’élevages en batterie) permettent d’obtenir des avancées nettement positives pour les animaux à court terme, sans pour autant faire perdre de vue l’objectif final qu’est l’abolition de l’exploitation animale. Ainsi, les pressions exercées sur les industriels et les politiques pour qu’ils prennent des mesures améliorant le sort des animaux dès maintenant est une très bonne chose. Condamner par principe et sans discernement les associations qui essaient d’obtenir des petites victoires ciblées dès aujourd’hui, c’est non seulement faire preuve de dogmatisme, mais aussi méconnaître les mécanismes du changement dans la société, qui ne peut généralement pas être pérenne sans l’approbation de l’opinion publique. D’où l’importance pour les associations animalistes de composer avec cette réalité et d’adapter leur programme en conséquence (le collectif Animal Politique en est un très bon exemple). N’en déplaise aux partisans de l’abolitionnisme immédiat, même s’il s’agit là d’une proposition rationnelle et souhaitable, nos concitoyens et nos institutions n’y sont pas encore prêts. Pour l’heure, il faudra se contenter d’avancées progressives.

 

Finalement, toutes ces dérives ont au moins une origine commune : la méconnaissance de la démarche critique. Pour moi,  c’est un outil permettant d’appréhender de nouvelles idées (avec prudence, sans juger) et même d’en défendre de belles tout en restant crédible. Elle permet aussi aux citoyens de ne pas être trop crédule face à certains discours. Quand je pense que des politiciens justifient la baisse de l’ISF au nom de la théorie du ruissellement (pourtant invalidée par le FMI et l’OCDE), et que certains praticiens de médecines alternatives demandent à leurs clients cancéreux d’arrêter les soins à l’hôpital parce que les ondes y sont mauvaises (histoire vraie), je me dis que c’est important de se reposer sur des connaissances fiables, des sources. Qu’attend-on pour enseigner cette démarche critique à l’école ? On pourrait enfin envoyer balader les gens qui sortent des choses aussi grosses que le titre de cet article 🙂

 

 

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