L’impact de l’élevage sur la santé publique

Extrait du livre de Jean-Baptiste Del Amo, L214 Une voix pour les animaux (La Traversée des Mondes), publié aux éditions Arthaud. Vous trouvez toutes les sources en bas de page.

L’élevage est en soi un facteur de risque pour notre santé. Les systèmes industriels de production sont depuis longtemps la norme dans les pays développés et deviennent de plus en plus répandus dans les pays en développement. Le nombre colossal d’animaux élevés en confinement, dotés d’une variabilité génétique très pauvre et soumis à une croissance rapide, crée des conditions idéales pour l’émergence et la propagation de nouveaux pathogènes. Les systèmes modernes d’élevage sont des incubateurs d’agents pathogènes (Listeria monocytogenes, salmonelles, Campylobacters, E. coli), et autres promoteurs de «  grippes  » en tout genre. Comme l’indique un rapport de la FAO [9] : «  Il n’est pas surprenant que les trois quarts des nouveaux pathogènes ayant affecté les humains dans les dix dernières années proviennent des animaux ou des produits animaux.  » L’EFSA a publié en 2008 un rapport alertant sur la présence significative de Campylobacter et de salmonelles dans les volailles [10]. Un autre rapport de l’EFSA, paru en 2009, évalue quant à lui la présence de résidus de produits vétérinaires et autres substances chez les animaux vivants et leurs dérivés [11]. Comme les élevages sont propices aux maladies infectieuses, les éleveurs sont obligés d’utiliser de nombreux antibiotiques pour soigner leurs animaux ou pour prévenir l’apparition et la propagation des maladies (on parle alors de traitement en prophylaxie).

À cela s’ajoute que les antibiotiques à faible dose stimulent la croissance des animaux. Bien qu’ils soient interdits comme promoteurs de croissance en Europe depuis 2006, ils sont encore utilisés à cette fin dans de nombreux pays. L’utilisation massive des antibiotiques, à usage thérapeutique ou comme promoteurs de croissance, favorise le développement de souches bactériennes résistantes aux antibiotiques. Constat inquiétant  : bien qu’on ait réussi à modérer l’usage global des antibiotiques ces dernières années, les éleveurs ont de plus en plus recours aux antibiotiques dits «  de dernière ligne  », utilisés lorsque les antibiotiques classiques ont échoué [12]. Un rapport récent sur l’antibiorésistance n’invite pas à l’optimisme. Le directeur adjoint de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), Keiji Fukuda, estime ainsi que mourir des suites d’une infection banale ou d’une blessure mineure pourrait bientôt redevenir une réalité courante. Dans la même optique, une récente étude britannique estime qu’en 2050 le risque lié aux antibiorésistances pourrait conduire, au niveau mondial, à la perte annuelle de dix   millions de vies humaines [13].

Certains ont cru pouvoir favoriser le poisson en remplacement de la viande. Mais aux ravages de la pêche sur la faune aquatique et sur les écosystèmes sont venus s’ajouter les effets de l’aquaculture, qui représente désormais 44  % de la production totale de poisson [14]. Or «  l’aquaculture utilise des produits chimiques, des engrais, des antibiotiques qui sont nocifs alors que les contrôles sont très limités [15]  » selon le responsable du rapport de 2003 sur l’aquaculture en Méditerranée. D’après les données de l’Agence norvégienne de contrôle de la pollution, les rejets d’une ferme piscicole de moyenne importance produisant 3 120 tonnes de saumons sont équivalents aux rejets d’une ville de cinquante mille habitants [16]. De plus, en raison de la pollution des eaux, la chair de certains poissons prédateurs dont la consommation est fréquemment conseillée en raison de leur apport en oméga-3 présente parfois des taux inquiétants de concentrations en métaux lourds, tels que le mercure, qui, ingérés à fortes doses, peuvent être la cause de maladies neurodégénératives [17]. Une étude récente menée par des chercheurs du Dartmouth College (New Hampshire, États-Unis), auprès d’un panel de cinq cent dix-huit patients dont deux cent quatre-vingt-quatorze étaient atteints par la maladie de Charcot, pointe la probable responsabilité d’une consommation régulière de poisson et de fruits de mer dans l’apparition de la maladie. Les patients dont la consommation était plus importante voyaient ainsi doubler leur risque d’être atteints par la maladie de Charcot [18]. Quant à la viande de poissons issus de l’aquaculture biologique, une étude menée en 2016 par 60   millions de consommateurs [19] sur des pavés de saumon a démontré que la contamination en métaux (mercure et arsenic) était plus importante sur ces échantillons que sur des échantillons issus de l’élevage conventionnel. En France, depuis quelques décennies, nos pratiques culturelles nous poussent à consommer à chaque repas une proportion considérable de produits d’origine animale et à craindre d’inverser la tendance par peur de perdre le plaisir gustatif et la santé.

Pourtant, la surconsommation de viande, en particulier de viande rouge, tendrait à augmenter le risque de maladies. Un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES)  [20] publié en novembre 2016, précise que la consommation de viande est associée à un risque de prise de poids, chez l’homme en particulier, mais aussi que l’ensemble des études menées sur la question observent une relation entre diabète de type 2 et consommation de viande rouge. Le risque de maladies cardiovasculaires et de cancer colorectal est également accru. En 2015, l’OMS [21] a officiellement classé la viande rouge parmi les cancérigènes probables chez l’humain et les viandes transformées (charcuteries, nuggets, corned-beef, cordons-bleus, etc.) parmi les cancérigènes certains chez l’humain. L’école de santé publique de Harvard recommande de limiter notre consommation de viande à 90   grammes par jour (nous en consommons actuellement 180   grammes par jour) et de limiter la consommation de laitages à deux portions par jour (nous en consommons entre 2,5 et 3   portions dans les pays occidentaux). Le rapport de 2015 du Dietary Guidelines Committee (qui sert de base scientifique aux recommandations nutritionnelles officielles) enjoint les Américains à végétaliser leur alimentation. Il fait du régime végétarien (incluant le régime végétalien) l’un des trois régimes alimentaires de référence, et ajoute qu’il a l’avantage d’être bénéfique à l’environnement.

Contrairement à une idée reçue, les produits animaux ne sont pas indispensables à la santé humaine. Selon l’Académie de nutrition et de diététique (États-Unis), «  les alimentations végétariennes correctement menées, dont le végétalisme, sont saines, adéquates sur le plan nutritionnel, et peuvent présenter des avantages dans la prévention et le traitement de certaines maladies. Les alimentations végétariennes bien menées sont adaptées à tous les stades de la vie, notamment aux femmes enceintes, aux femmes qui allaitent, aux nourrissons, aux enfants, aux adolescents ainsi qu’aux sportifs [22]  ». L’association Dieteticians of Canada affirme également qu’une «  alimentation végétalienne bien menée peut répondre à tous ces besoins. Elle est sûre et saine pour les femmes enceintes et qui allaitent, les nourrissons, les enfants, les adolescents et les personnes âgées [23]  ». De nombreuses autres associations de professionnels de santé reconnaissent qu’il est possible de réduire ou d’arrêter notre consommation de viande sans risque pour la santé, pour autant que l’on prenne soin de manger varié, équilibré et en quantité suffisante. Le Service national de santé britannique (British National Health Service) et la Fondation britannique pour la nutrition (British Nutrition Foundation) déclarent qu’il est possible de trouver tous les nutriments nécessaires dans une alimentation végétalienne saine et équilibrée, mais aussi que cette alimentation permet une croissance et un développement normaux chez l’enfant. En Australie, le Conseil national de la santé et de la recherche médicale (National Health and Medical Research) mentionne les alternatives végétales à la consommation de viande  : «  Les alternatives aux aliments carnés sont les noix, les graines, les légumineuses, les haricots et le tofu. […] Ces aliments améliorent la variété alimentaire et peuvent constituer une source précieuse et abordable de protéines et d’autres nutriments que l’on trouve dans la viande.  » Au Portugal, la Direction générale de la santé reconnaît l’intérêt des régimes végétariens et végétaliens dans la prévention de certaines maladies, mais aussi sa pertinence à tous les âges de la vie  : «  La discussion est lancée et passionne désormais les épidémiologistes, les médecins de santé publique, les nutritionnistes et autres professionnels de santé à propos des avantages de la consommation de produits végétaux et de leur rôle dans la prévention des maladies, principalement celles qui prévalent dans notre société  : maladies cardiovasculaires, cancers, obésité et diabète. Les études montrent non seulement l’importance d’une consommation régulière d’aliments végétaux, mais également le fait qu’une alimentation reposant exclusivement sur ces produits protège aussi bien, sinon mieux, la santé humaine. D’un autre côté, nous savons aujourd’hui qu’une alimentation exclusivement végétarienne, si elle est bien menée, peut combler les besoins nutritionnels d’un être humain [24].  » Enfin, on entend parfois dire que l’alimentation carnée «  se suffit  » tandis que les végétariens ont besoin d’ingérer des suppléments (de vitamine B12, par exemple) pour pallier les déficiences de leur régime. C’est oublier que les carnivores consomment ces mêmes suppléments, produits en usine, par animaux interposés  : la plupart des animaux que nous consommons ont eux-mêmes été supplémentés.

Sources :

[9] Joachim Otte et al., Industrial Livestock Production and Global Health Risks, FAO, juin 2007, p.   2.

[10] EFSA, Analyse de l’étude de référence de la prévalence de Campylobacter dans des lots de poulets de chair et de Campylobacter et Salmonella sur des carcasses de poulets de chair dans l’Union européenne, 2008.

[11] EFSA, Report for 2008 on the Result from the Monitoring of Veterinary Medicinal Product Residues and Other Substances in Food of Animal Origin in the Member States, 2009.

[12] ANSES, «  Suivi des ventes d’antibiotiques vétérinaires  », janvier 2015.

[13] Ministère de l’Agriculture (Centre d’étude et de prospective), «  Les antibiorésistances en élevage  : vers des solutions intégrées », Analyse n°82, septembre 2015.

[14] FAO, La Situation mondiale des pêches et de l’aquaculture, 2016. Lien  : http:// http://www.fao.org/ 3/ a-i5555f.pdf [consulté le 12   juin 2017].

[15] Actu-Environnement, «  L’aquaculture nouvelle source de pollution en Méditerranée  », Actu-Environnement.com, 2003.

[16] «  La Norvège veut lutter contre la pollution piscicole  », Le Monde, 12   novembre 2009.

[17] ANSES, Consommation de poissons et exposition au méthylmercure, 2016.

[18] Mercury in Fish, Seafood May Be Linked to Higher Risk of ASL, American Academy of Neurology, 20   février 2017. Lien  : https:// http://www.aan.com/ PressRoom/ Home/ PressRelease/ 1522 [consulté le 12   juin 2017].

[19] http:// www. 60millions-mag.com/ 2016/ 11/ 24/ saumon-le-bio-n-est-pas-irreprochable-10800 [consulté le 12   juin 2017].

[20] ANSES, Actualisation des repères du PNNS  : études des relations entre consommation de groupes d’aliments et risques de maladies chroniques non transmissibles, 2016.

[21] http:// http://www.who.int/ mediacentre/ news/ releases/ 2015/ cancer-red-meat/ fr/ [consulté le 12   juin 2017].

[22] Source  : https:// vegan-pratique.fr/ nutrition/ positions-medicales-et-scienti fiques/ [consulté le 12   juin 2017].

[23] Ibid.

[24] Les positions médicales et scientifiques en faveur de l’alimentation végétale sont répertoriées par le site Vegan Pratique  : https:// vegan-pratique.fr/ nutrition/ positions-medicales-et-scientifiques/ [consulté le 12   juin 2017].

 

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