Face à Tiphaine Lagarde, Emmanuel Todd enterra l’esprit critique

Je ne connais pas vraiment Emmanuel Todd. J’ai du l’apercevoir une fois ou deux sur un plateau télé, et lire quelques passages de ses bouquins dans la presse, sans approfondir. On l’aura compris, je ne suis pas un expert de sa pensée, et c’est pourquoi je ne me permettrai pas d’émettre un jugement sur ce qu’il a pu dire ailleurs que sur le plateau de C Politique, le dimanche 10 septembre. Par conséquent, dans ce post, il sera seulement question des propos qu’il a pu tenir à cette occasion — et rien d’autre.

Ce soir là, l’intellectuel partageait son analyse de l’animalisme et de l’antispécisme, dont l’invitée Tiphaine Lagarde faisait la promotion — si ces termes ne sont pas clairs pour vous, je vous conseille de regarder la vidéo ci-dessus. L’absence de rigueur philosophique des propos alors tenus par Emmanuel Todd mérite que l’on s’y attarde. Analyse :

1. « Manger trop de viande c’est pas bon pour la santé, mais l‘abattage dans des conditions décentes est une chose très nécessaire ». Etre un intellectuel c’est bien, dire des choses scientifiquement valides, c’est mieux. Puisque le propos est axé sur la santé, répondons sur ce plan.

Il n’est plus nécessaire d’abattre des animaux. Depuis la découverte de la vitamine B12 et la mise au point de ses moyens de culture bactérienne (1947), il est possible de se passer de viande (et de produits d’origine animale) sans compromettre sa santé. C’est pourquoi les recommandations nutritionnelles officielles de nombreux pays reconnaissent la viabilité du végétalisme, lorsqu’il est accompagné d’une complémentation suffisante en vitamine B12. Ainsi, abattre des animaux a beau être la norme, cela ne signifie pas pour autant qu’il est encore indispensable de le faire. Justifier aujourd’hui la consommation de viande par sa nécessité, c’est au mieux faire preuve d’ignorance, au pire mentir sciemment.

2. « Je trouve cette idée d’égalité des espèces vivantes (de l’homme et des autres espèces) extrêmement inquiétante sur le plan philosophique. Il s’agit d’un antihumanisme radical ». Une affirmation aussi grosse exige normalement une démonstration solide. Hélas, ce sera pour une autre fois. Pour le moment, on ne sait en quoi le fait de prendre en compte les intérêts de tous les êtres sensibles est « extrêmement inquiétant sur le plan philosophique ». On sait juste que c’est radicalement contraire aux valeurs de l’humanisme. Mais de quoi parle-t-on, au fait?

L’humanisme est un mouvement philosophique pluriel. Durant la renaissance, certains penseurs revendiquaient la supériorité de « l’homme-dieu » sur les autres espèces animales au nom de l’humanisme, tandis que d’autres philosophes affirmaient au contraire que l’humanisme ne s’oppose pas nécessairement à une prise en considération de la condition animale. Pour en savoir plus, lisez ce très bon article.

Ce qu’il faut retenir, c’est que l’humanisme est un courant de pensée diversifié dont certains penseurs ont reconnu l’intérêt de la question des droits des animaux. De ce fait, il est absurde de dire que l’antispécisme et l’animalisme s’opposent radicalement à l’humanisme.

3. « Poser l’homme comme différent et supérieur aux autres espèces est un acte fondateur du progrès ».  On comprend désormais qu’il appartient à l’école de l’humaniste « homme-dieu », plutôt hostile à la reconnaissance des intérêts des animaux. Son propos implique qu’asseoir la supériorité de l’homme sur les autres espèces est une condition nécessaire du progrès, et que lui ôter cette supériorité constituerait un recul du fameux progrès. Encore une fois, affirmation aussi grosse exigerait une démonstration. Déjà, de quel progrès parle-t-on? Un progrès moral? Un progrès matériel? Retenons par défaut cette définition : le progrès est l’évolution régulière de l’humanité vers un but idéal.

Selon Emmanuel Todd, ce mystérieux accomplissement de l’humanité passerait nécessairement par l’exploitation et la mise à mort d’animaux non-humains. Personnellement, quand je regarde les conditions misérables dans lesquelles travaillent les employés d’abattoirs, quand j’écoute leurs témoignages sur les souffrances psychologiques qu’ils endurent, quand je constate les effets néfastes l’élevage sur l’environnement, je me permets d’émettre quelques doutes sur l’idée que l’exploitation animale mènerait au progrès de la civilisation.

Ah, au fait. La supériorité, ça ne veut pas dire grand chose. On peut être supérieur à quelqu’un sur tel ou tel plan, mais ça n’implique rien d’autre. Mes performances intellectuelles et sportives mesurables sont supérieures à celles d’un bébé de 3 mois, et alors? Est-ce que cela me confère un droit quelconque à traiter cet être comme bon me semble? Revenons à la raison. Peut-être que l’homme dispose de la parole et qu’il a de plus grandes facultés intellectuelles que les poissons, mais cela ne justifie en aucun cas le fait d’exploiter et de mettre à mort des individus appartenant à d’autres espèces, surtout quand ce n’est plus nécessaire.

4. « On est dans une société qui ne va pas bien (mortalité, pauvreté, chômage), cela appelle à une solidarité humaine. Voir des gens se passionner pour les animaux dans ce contexte, c’est le symptôme désagrégation morale et idéologique de notre époque ». Parce que c’est bien connu, les causes sont mutuellement exclusives, et l’on ne peut pas avoir de la considération pour les animaux tout en ayant de l’empathie pour les humains. Non mais sérieusement, je trouve grave qu’un discours aussi fallacieux soit tenu sur un plateau télé par quelqu’un qualifié « d’intellectuel. » Il s’agit là d’un faux-dilemme, comme s’il fallait choisir entre compassion avec les animaux et compassion avec les humains, alors que celles-ci ne sont en aucun cas contradictoires, bien au contraire.

On peut aussi se demander en quoi le fait de se passionner pour les animaux est contraire aux luttes contre la mortalité, la pauvreté et le chômage. Il me semble que ces questions sont du ressort des pouvoirs publics et notamment des ministères concernés. Bien sûr, des associations peuvent également prendre part à ces luttes. Mais l’existence d’associations de promotion des droits des animaux n’entrave pas ces luttes. Si j’étais cynique, je dirais même que la progression du véganisme permettrait de réduire la mortalité liée à la consommation de viande transformée, que la reconversion des éleveurs permettrait de les sortir de la pauvreté qu’ils connaissent aujourd’hui, et que la transition du système économique vers le véganisme pourrait être créatrice d’emplois.

Concernant la désagrégation morale et idéologique de notre époque, si la morale consiste à revendiquer une prétendue supériorité sur les animaux pour les massacrer, alors non merci, j’en veux pas. En revanche, si l’on reconnait qu’un principe moral fondateur de notre société est qu’ « il est mal de tuer un individu lorsque ce n’est pas justifié« , alors on peut affirmer que l’animalisme, loin de constituer une régression morale, s’inscrit totalement en cohérence avec un principe moral très répandu.

5. « Je suis extrêmement choqué par l’emploi du mot holocauste ».  On entre sur un terrain plus subjectif. L’emploi du mot holocauste pour désigner le massacre des animaux peut effectivement choquer quelqu’un qui considère que les animaux sont des êtres inférieurs et que les comparer à l’homme est insultant pour ce dernier. Mais il faut bien comprendre que l’emploi de ce mot n’a pas vocation à dévaloriser les victimes de l’Holocauste, surtout de la part de quelqu’un qui considère qu’il faut prendre en compte les intérêts de tous les êtres sensibles.

Cela dit, pour être juste, il y a bien une différence fondamentale entre l’Holocauste et le massacre animal. Les individus victimes du nazisme l’ont été « parce qu’ils étaient juifs » (notamment), au nom d’une idéologie haineuse, tandis que les victimes animales sont tuées parce qu’elles peuvent répondre à nos besoins. Peu de gens sont consciemment spécistes et haineux envers les animaux : ils leur font du tort indirectement, par leurs achats, par exemple. Bien sûr, le fait que les animaux soient utilisés pour se nourrir ou se vêtir s’accompagne parfois d’une vision dévalorisante des bêtes, servant sans doute à réduire la dissonance cognitive des consommateurs. Mais le fait qu’il s’agit d’animaux non-humais n’est pas la première raison pour laquelle on les tue, et c’est d’ailleurs ce qui explique la sympathie assez fréquente des gens à l’égard des images de vaches ou de cochons, et le malaise qu’ils éprouvent lorsqu’on évoque leur mise à mort — tel est le paradoxe de la viande.

Autrement, il y a effectivement des similitudes entre Holocauste et massacre animal : négation des intérêts d’êtres sensibles, chosification d’individus, entassement dans des baraques à l’écart de la société, maltraitance et mise à mort massive, etc.

C’est tout ce que j’avais à dire sur ce point.

Conclusion

Devant conclure rapidement, je dirai simplement que j’ai été extrêmement choqué par l’emploi massif d’arguments fallacieux et de raccourcis philosophiques grossiers par un intellectuel assez médiatisé. Ne sachant pas ce qu’il dit par ailleurs, je vais simplement suggérer que l’animalisme n’est pas sa tasse de thé, qu’il n’avait donc pas beaucoup réfléchi à la question, ce qui expliquerait ses positions peu développées. Nous avons au moins devant nous l’exemple qu’il n’est pas souhaitable de s’exprimer sur un sujet sans s’être interrogé sérieusement, et que même si un intellectuel est (peut-être) bon dans son domaine de réflexion, il peut avoir des raisonnements assez primitifs et erronés dans d’autres.

Cela me fait souligner l’importance de la formation d’un esprit critique, qui permet d’éviter de dire des choses absurdes sur tel ou tel sujet, même lorsqu’on ne s’y connait pas. Si aiguiser votre esprit critique vous intéresse, la zététique et la psychologie sociale seront de bon conseil.

Herlock Sholmes

 

 

7 commentaires sur “Face à Tiphaine Lagarde, Emmanuel Todd enterra l’esprit critique

  1. Très bon article bravo. Pour le coup je connais un peu Todd et je suis proche de lui sur le plan politique et c’est une personnalité que je respecte. Comme souvent, quand les philosophes, sociologues, scientifique ect. que je respecte parle véganisme, je me dis putain qu’est ce qu’ils sont cons, au final même les penseurs de la société sont comme tout le monde sur la question animal, à la rue, et c’est vraiment spécifique à cette questions, il est grand temps que ces personnes là se rendent compte ce qu’est vraiment l’antispécisme. Ca me rend vraiment pas bien de voir un Todd aussi débile alors qu’il m’inspire sur d’autres sujet, c’est pareil avec Onfray, Hubert Reeves, Thomas Pesquet (bon je cite une figure connu mais politiquement parlant on est face à un Macroniste là) et y’en a des dizaines d’autres, ça me tue a chaque fois.

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  2. En suivant cette émission et en écoutant répondre E.Todd à ce que disait T.Lagarde, j’ai ėté frappée par la pauvreté de ses arguments et par l’attitude hautaine qu’il nous dévoilait !…c’est donc ça, être un homme, un intellectuel, un humaniste ?!!! incapable d’empathie envers les autres espèces, tellement obnubilé par la supériorité humaine ! quel melon…!

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    1. L’idée, c’est qu’une majorité écrasante de personnes se préoccupent du bien-être animal, et n’ont pas vraiment une attitude hostile à leur égard. En revanche, c’est leur comportement qui pèche, puisqu’il contribue de fait à leur exploitation/mise à mort. Tel est le principe de la dissonance cognitive. Beaucoup de gens pensent aimer les animaux, mais ne réalisent ou ne veulent pas voir qu’ils leur font du tort. Et puis il y a ceux qui s’en foutent, effectivement. Mais je pense qu’ils sont minoritaires.

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  3. La différence entre M. Todd et vous, c’est qu’il n’a jamais dit (ou alors cela m’a échappé) que vous étiez con (ou débile, comme je le lis plus bas). En fait, si l’argumentation de M. Todd est un peu légère, tout comme la vôtre, c’est que vous discutez d’affaires d’opinion et de croyance (voire de certitude) comme vous discuteriez de faits. Le pathos et le logos n’ont jamais fait bon ménage, mais je croyais (niaisement) que tout le monde était au courant. Cela ne me choque pas chez un internaute, mais cela me choque chez un intellectuel (en fait, M. Todd est seulement démographe). À sa décharge, je pense que tout est parti de l’emploi, par Mme Lagarde, du mot « holocauste » pour désigner l’abattage des animaux de boucherie. Étant donné son appartenance, il ne peut pas avoir oublié que c’est précisément parce que les Nazis les considéraient comme des animaux qu’ils ont massacré les juifs.

    Il serait souhaitable que les végans acceptent de ne pas dire que les animaux sont égaux aux hommes (comme si c’était un fait), mais seulement qu’ils considèrent les animaux comme des égaux (ce qui est un choix moral). Qu’ils essaient de faire partager cette position au plus grand nombre et que, ainsi, ils créent un rapport de force susceptible d’inciter le législateur à interdire la consommation et l’exploitation des animaux, c’est ce que font toutes les personnes « engagées » depuis (au moins) Isocrate et Démosthène, et c’est tout-à-fait normal, mais qu’ils cessent de parler comme des scientifiques : leurs démonstrations ne sont pas plus conclusives que celles de l’existence de Dieu. Quand on ne peut pas prouver, il faut apprendre à persuader. L’art oratoire n’a rien à voir avec le discours scientifique. Aucune démonstration ne pourra me faire abandonner la viande, mais l’émotion, la compassion, l’empathie, c’est autre chose…

    Rappelons-nous ce mot de Saint Augustin (que Saint Anselme aurait bien fait de méditer) : « credo quia absurdum », « je crois parce que c’est absurde », « absurde » ne voulant pas dire « stupide », mais inaccessible à la raison.

    Les vegans n’acceptent pas la nature et je les suis tout-à-fait sur ce terrain, car, de mon point de vue, la nature est inacceptable. La vie est une tragédie. Les lions n’ont pas encore compris que les gazelles étaient des êtres sensibles et qu’il était scandaleux de leur courir après pour les dévorer. Plus généralement, la nature n’est qu’un jeu de massacre universel. Le cycle du carbone et de l’azote implique sans échappatoire possible la consommation des végétaux par les herbivores et celle des herbivores par les carnivores. Ce qui fait la supériorité de l’homme (qu’ai-je pas dit là !…) c’est justement qu’il est capable de comprendre que les poulets souffrent (comme lui) et que leur massacre pose problème, d’une part, et qu’il a su trouver le moyen de s’en passer en inventant la vitamine B12 industrielle (attention ! les bactéries qu’on « exploite » – horreur !… – pour ce faire sont des OGM ; rien n’est simple…).

    C’est précisément cette différence entre les lions et nous qui débouche sur l’humanisme. La supériorité de l’homme sur les autres espèces (l’homme en général, car un homme face à un tigre ne fait le poids que s’il est armé) est évidente, mais ce qui fait que cette supériorité est indiscutable, ce n’est pas qu’il est capable de vaincre tout animal, mais qu’il est capable de s’en empêcher.

    C’est un choix. Tout comme c’est un choix, pour un homme, de traiter les femmes en égales. En fait elles ne le sont pas. La preuve, c’est que, pour que cela s’impose, il a fallu des lois. Encore a-t-il fallu que le progrès technique réduise l’avantage de la force physique. Un terrassier aura toujours du mal à considérer une femme comme son égale ; pour un médecin, c’est plus facile (ce qui n’empêche pas beaucoup de médecins de se conduire comme des terrassiers…).

    De même, comme vous le faites très justement remarquer, depuis l’invention de la vitamine B12 artificielle, il n’est plus nécessaire de manger de la viande (à condition d’être très instruit en matière de nutrition, car ce n’est pas aussi simple que certains le prétendent).

    Cependant, il existe une grande différence entre ces deux exemples. Il est plus facile et plus efficace de conduire une pelleteuse que de creuser le sol avec une pioche et une pelle. Dans ce cas, le bénéfice est évident. En revanche, B12 ou pas, il est beaucoup plus efficace manger de la viande que ses substituts végétaux. Là, le bénéfice n’est que moral (même si l’abus de viande – l’abus, pas l’usage – n’est pas très bon pour la santé), et, en plus, il a un coût, psychologique mais aussi physiologique, important. Outre que c’est un déchirement culturel, manger des légumineuses tous les jours (et les digérer) n’est pas à la portée de tout le monde… non plus que les supplémentations de fer, d’ailleurs.

    C’est la raison pour laquelle la disparition de la viande de la nourriture humaine sera beaucoup plus longue (si elle a lieu…) que l’adoption des machines. Le progrès moral va beaucoup moins vite que le progrès technique. Il est plus facile de convaincre quelqu’un d’acheter un i-phone que de se préoccuper du sort des cochons. Daesh est très au point en informatique, mais pour le reste, il n’en est même pas à Homère.

    Je souhaite sincèrement bon courage aux végans. Moi-même, j’ai, depuis longtemps, réduit des deux tiers ma consommation de viande par rapport à la consommation moyenne française – ce qui ne divise pas par trois la souffrance animale, j’en suis conscient, mais j’avance… – mais c’est surtout pour libérer des terres cultivable (dont la nourriture animale est beaucoup plus gourmande que la nourriture végétale) par compassion pour le milliard d’êtres humains qui ne mangent pas à leur faim. Si je peux me permettre de leur donner un conseil : en renonçant aux insultes et aux marques de mépris, les végans rendront leur cause beaucoup plus sympathique.

    Aimé par 1 personne

    1. Je n’ai jamais dit qu’il était con, ni voulu sous-entendre cela. Faire des attaques ad hominem n’apporte rien : je me suis penché sur son discours à cet instant précis, sans juger ses facultés intellectuelles en général. Autrement, j’ai trouvé votre avis intéressant, et je prends note de ce conseil.

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      1. Je répondais à Nicolas. Je le cite :

        « quand les philosophes, sociologues, scientifique ect. que je respecte parle véganisme, je me dis putain qu’est ce qu’ils sont cons »

        J’ai dû faire une fausse manœuvre, qui a mis mon message au mauvais endroit. Je suis désolé.

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