Règle de la minorité : des scientifiques ont trouvé le point de bascule de la diffusion des idées

Dans cette visualisation, on aperçoit le point de bascule où une opinion minoritaire (en rouge) devient rapidement une opinion majoritaire. Au cours du temps, l’opinion minoritaire prend de l’ampleur. Lorsque celle-ci a atteint 10% de la population, la donne change rapidement : l’opinion minoritaire prend le pas sur l’opinion majoritaire (en vert).

Source : SCNARC/Rensselaer Polytechnic Institute

Traduction d’un article de ScienceDaily

Des scientifiques du Rensselaer Polytechnic Institute ont mis en lumière cette règle : si 10% de la population croient fermement en quelque chose, alors leur croyance sera toujours adoptée par la majorité. Les chercheurs, membres du département des sciences cognitives au centre de recherche académique (SCNARC) de Renssealer, ont utilisé des méthodes informatiques et analytiques afin de découvrir le point de bascule où une croyance minoritaire devient une opinion majoritaire. Ces conclusions permettront d’approfondir l’étude des interactions sociales et de leur influence, allant de la diffusion des innovations au déplacement des idéaux politiques.

“Lorsque la proportion de personnes qui partagent une opinion est inférieure à 10%, il n’y a pas de progrès visible en matière de diffusion des idées. A ce stade, atteindre la majorité prendrait un temps comparable à l’âge de l’univers”, selon Boleslaw Szymanski, le directeur du SCNARC. “Une fois que le nombre dépasse 10%, l’idée se répand comme une traînée de poudre.”

Pour exemple, les événements actuels en Tunisie et en Egypte semblent révéler un fonctionnement similaire, d’après Szymanski. “Dans ces pays, des dictateurs ayant été au pouvoir durant des décennies ont soudain été renversés en l’espace de quelques semaines.”

Les conclusions de l’étude ont été publiées le 22 juillet 2011, dans l’édition numérique du journal Physical Review E, dans un article intitulé “Social consensus through the influence of committed minorities.”

Un des aspects importants de cette étude est que le pourcentage requis de “personnes qui partagent l’opinion minoritaire” pour que l’opinion devienne majoritaire ne change pas significativement, malgré la diversité des milieux professionnels auxquels appartiennent les tenants de l’opinion. En d’autres termes, le pourcentage requis de tenants d’une opinion reste toujours d’environ 10%, indépendamment de l’origine de l’opinion et de la manière dont elle se répand dans la société.

Pour parvenir à ces conclusions, les scientifiques ont développé des modèles informatiques de différents types de réseaux sociaux. Dans un des réseaux, tous les individus étaient en relation entre eux. Dans le second modèle, certains individus étaient en relation avec un grand nombre de gens, et étaient de fait des leaders d’opinions. Dans le dernier modèle, chaque personne avait un nombre semblable de relations. Dans chaque modèle, au départ, beaucoup d’individus étaient traditionalistes. Parmi ces individus, tous avaient une opinion propre, mais étaient assez ouverts aux autres opinions.

Une fois les réseaux construits, les chercheurs ont alors “introduit” quelques tenants d’une opinion forte dans chacun des réseaux. Droits dans leurs bottes, inflexibles sur leurs croyances, ces “vrais croyants” ont commencé à converser avec d’autres individus, dont le système de croyances était plus traditionnel. Peu à peu, le cours des choses s’est inversé.

“En général, les gens n’aiment pas avoir une opinion impopulaire et cherchent toujours à trouver un consensus. Dans chacun de nos modèles, nous avons permis l’apparition de cette dynamique”, a déclaré Sameet Sreenivasan, associé de recherche au SCNARC. Pour rendre cela possible, au sein des modèles, tous les individus ont parlé de leurs opinions entre eux. Si celui qui écoutait avait la même opinion que celui qui parlait, cela renforçait les croyances de l’auditeur. Si leurs opinions étaient différentes, l’auditeur en prenait acte et s’en allait parler à une autre personne. Si cette dernière personne partageait la nouvelle croyance en question, l’auditeur adoptait alors la croyance.

“Quand les acteurs du changements se mettent à convaincre un nombre croissant de personnes, la situation commence à changer”, a déclaré Sreenivasan. “Au début, les gens commencent à questionner leur propre vision puis adoptent la nouvelle vision afin de la répandre eux aussi. Si les “vrais croyants” influençaient seulement leurs voisins, ça ne servirait à rien dans le plus grand système, puisque nous avons observé un pourcentage inférieur à 10.

Cette étude a de nombreuses implications en ce qui concerne la compréhension de la diffusion de l’opinion. “Il y a clairement des situations dans lesquelles cela aide à comprendre comment accélérer la diffusion d’une opinion, ou comment éliminer une opinion qui émerge”, a déclaré le co-auteur de l’étude Gyorgy Korniss, professeur de physique. “Dans certains cas, ils faut convaincre rapidement les gens : s’ils doivent partir avant l’arrivée d’une tornade, par exemple. On peut aussi penser à la prévention face à certaines maladies dans les villages ruraux : de telles situations exigent la diffusion de l’information.”

Les scientifiques cherchent désormais des collaborateurs dans les sciences sociales et dans d’autres champs pour comparer leurs données informatiques avec des exemples historiques. Ils souhaitent également savoir si le pourcentage change lorsque la société est polarisée. Au lieu d’avoir simplement une vue traditionnelle, la société serait divisée en deux points de vue opposés. Un exemple de polarisation pourrait être Démocrates contre Républicains aux Etats-Unis.

Plus d’information dans l’article original  publié en 2011 par ScienceDaily.

Traduit par Herlock Sholmes

Note : “vrais croyants” est la traduction de “true believer”. La notion n’est pas nécessairement religieuse, et fait principalement référence aux fervants tenants d’une opinion quelconque. 

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