ETUDE : les stratégies de protestation extrêmes pourraient être contre-productives

Traduction de l’article de Toni Airaksinen. Les propos tenus ici ne reflètent pas nécessairement mon opinion sur la question et n’ont pas vocation à prescrire un quelconque type de comportement.

Selon une nouvelle étude, interrompre le trafic routier, endommager une propriété, déclencher une émeute et d’autres formes “extrêmes” de protestation peuvent réduire le soutien populaire de certains mouvements sociaux.

L’étude, Extreme Protest Tactics Reduce Popular Support For Social Movements,  a été publiée dans SSRN par le professeur Matthew Feinberg (Université de Toronto). Son enquête sur les tactiques de protestation a été inspirée par son passage à l’Université de Berkeley (Californie), période durant laquelle il s’est rendu à de nombreuses manifestations, a-t-il confié à Campus Reform.

Feinberg et son ancien directeur de thèse, Professeur Robb Willer,  “se demandaient quelles stratégies seraient plus fructueuses que les autres et quelles stratégies pourraient s’avérer contre-productives”. Ainsi, ils se sont penchés sur la question, aux côtés de Chloé Kovacheff,  doctorante à l’Université de Toronto.

Lors d’une expérience, Feinberg et son équipe montrèrent aux participants des vidéos de militants issus de trois mouvements sociaux courants aux Etats-Unis : les droits des animaux, les Black Lives Matter, et la mouvance anti-Trump. La question était de savoir si le type de stratégie utilisé par les militants dans chaque scénario avait un effet sur le soutien des participants aux différents mouvements sociaux.

Sans surprise, il parvint à la conclusion que plus la tactique de protestation est violente (comme le fait de déclencher une émeute ou interrompre le trafic), moins les gens sont susceptibles de soutenir la cause.

“Nous avons remarqué qu’être exposé à des formes extrêmes de protestation réduit le soutien donné aux activistes, à leur mouvement et à leur cause”, confesse Feinberg à Campus Reform. “C’est contreproductif si l’un de vos objectifs est de toucher l’opinion publique et d’obtenir le soutien de la population en général “.

Le fait que les manifestations puissent s’avérer contreproductives a été démontré lors d’une de leurs expériences ultérieures, qui s’est concentrée sur la mouvance anti-Trump.

“Le plus surprenant, ce sont les réactions aux protestations anti-Trump. Quand les participants (de tous bords politiques) furent exposés à  des vidéos de blocage du trafic routier [provoqués par les manifestants anti-Trump], ceux-ci étaient plus enclins à supporter le président Américain, avoua Feinberg.

La possibilité que les manifestations soient contreproductives a d’importantes implications pour les activistes, expliqua-t-il : “Il y a une contradiction entre deux objectifs principaux de l’activisme : l’un est d’attirer l’attention, l’autre est d’obtenir le soutien de l’opinion publique”.

[…] Selon les recherches de son équipe, il est possible que les récentes émeutes de Berkeley (ayant éclaté lors du discours de Milo Yiannopoulos), soient finalement contreproductives, même si elles ont atteint leur objectif initial qu’était le maintien de la liberté d’expression sur le campus.

Feinberg a cependant souligné le fait que l’objectif de ses recherches n’est pas de descendre les activistes ou l’activisme d’une quelconque manière, mais plutôt de souligner les écueils des excès de zèle.

“Nous ne prenons pas de position politique”, a-t-il affirmé. “Nous reconnaissons que l’activisme constitue une part importante du processus démocratique. Nous voulons simplement souligner les contradictions existantes.”

 Note : certaines franges des mouvements sociaux utilisent des stratégies “extrêmes” de protestation, sans que leur but soit d’obtenir le soutien de l’opinion publique. Il s’agit entre autres de faire réagir des acteurs de pouvoir (politiques, législateurs, industriels, médias, etc.) sans chercher de consensus populaire. La question est de savoir si ces tactiques, bien qu’apparemment limitées dans la conquête de l’opinion publique, peuvent faire bouger les lignes politiques, juridiques et organisationnelles dans le sens souhaité. Autrement dit, on ne sait pas encore si elles sont contreproductives lorsqu’il s’agit d’atteindre d’autres buts que l’approbation du grand public. 

Herlock Sholmes

 

 

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