Où mène l’Action Directe?

Pourquoi nous avons besoin d’agrandir le socle de véganes avant de recourir à des stratégies plus agressives.

[Cet article est une traduction de l’essai d’Alex Felsinger, qui s’interroge particulièrement sur la pertinence des actions menées par l’organisation Direct Action Everywhere, et plus généralement sur celle de l’action directe aujourd’hui.]

Après avoir mis fin à ma courte carrière de journaliste pour devenir défenseur des animaux à plein temps, je me suis investi sous toutes les formes possibles, allant de la participation à des virulentes campagnes de lobbying jusqu’à la distribution d’échantillons de glaces véganes. Ces dernières années, en matière de véganisme, je me suis focalisé sur le développement de techniques et d’outils de persuasion efficaces. Je ne fais pas tout ce travail seulement pour sauver quelques vies à travers des changements alimentaires utilitaristes. Non, je le fais parce qu’avoir l’opinion publique dans notre poche est une étape cruciale dans la construction d’un mouvement influent.

Les droits des animaux, c’est une question de justice sociale – les animaux ne devraient pas être traités comme des propriétés, mais devraient acquérir un statut social. Cependant, si l’ont peut tirer beaucoup d’enseignements de la longue histoire des autres mouvement de justice sociale, notre cause est un cas à part pour plusieurs raisons, ce qui rend notre combat particulièrement plus difficile que les autres.

Inspiré par la lutte pour les droits de l’homme, le mouvement des droits des animaux a fait revivre les manifestations bruyantes et les stratégies de désobéissance civile, notamment sous la houlette de Direct Action Everywhere. La stratégie de cette association est semblable à celle de PETA durant les années 80 et 90 – faire quelque chose de déroutant pour attirer l’attention des médias – mais elle est beaucoup plus fréquemment utilisée, au point d’être devenue leur méthode d’action de base.

Répondant à la frustration inhérente au fait d’être végane dans un monde non-végane, ces stratégies mobilisent des activistes heureux de pouvoir exprimer leur mécontentement. D’autres activistes sont mis mal à l’aise par ces tactiques, mais se motivent eux-mêmes à participer parce qu’ils pensent que c’est efficace.

Si Direct Action Everywhere a récemment admis qu’il existait quelques différences entre les luttes pour les droits des animaux et ceux des humains, l’organisation ne considère pas les différences assez importantes pour remettre en question leur usage continu des stratégies disruptives. Mais l’état de la recherche en matière de mouvements sociaux — y compris chez les auteurs les plus souvent cités par Direct Action Everywhere —indique que les différences sont significatives. En fait, continuer à utiliser ces stratégies risque de freiner la croissance du mouvement et réduit la probabilité que l’on s’attire les faveurs du public.

Pour réellement progresser, on ne peut pas sortir les résultats obtenus par les autres mouvements de leur contexte. Il faut soigneusement prêter attention aux circonstances uniques dans lesquelles notre mouvement s’inscrit et prendre en compte le rôle que jouera le soutien du public dans l’obtention d’une majorité. Il est également nécessaire de reconnaître les difficultés de la tâche qui consiste à gagner en crédibilité, tout en supprimant les mauvaises habitudes qui détournent les gens de notre cause.

La perception du public compte

 Les militants des droits des animaux savent à quelle point la question “Etes-vous chez PETA?” est couramment posée. Il y a une raison à cela : les gens cherchent à savoir s’ils doivent rejeter notre message d’emblée ou nous laisser une chance. Ils veulent savoir si l’on correspond à leur préjugé négatif sur les activistes de la cause animale ou non.

Largement financée et forte de ses 36 ans d’existence, sa stratégie fondée sur la couverture médiatique a fait de PETA un synonyme des droits des animaux, si bien que leurs stratégies sont représentatives de celles de l’activiste-type. Parallèlement, certains individus soulignent la ressemblance énorme entre Direct Action Everywhere et PETA.

Tandis que PETA tout comme Direct Action Everywhere considèrent toute couverture médiatique comme une victoire en soi, une étude publiée dans le Journal Européen de Psychologie Sociale indique que la couverture médiatique des activistes qui correspondent au stéréotype en question ne permet pas de gagner le soutien du public. Dans l’un des cinq tests menés dans le cadre de l’étude, les chercheurs ont pris un même plaidoyer pour l’environnement et y ont attaché trois différentes biographies d’auteurs : un activiste-type engagé dans l’action directe et la protestation, un activiste qui défend l’environnement sans passer par l’action directe, et un individu qui n’est pas militant. Résultat? Les sujets de l’expérience étaient moins susceptibles d’être convaincus par l’activiste-type que par les deux autres auteurs.

Direct Action Everywhere, tout comme des groupes tels 269Life et Collectively Free, ont recours à des stratégies qui correspondent au stéréotype négatif crée par PETA

Pour ne rien arranger, Direct Action Everywhere insiste désormais sur le fait que ses membres devraient se focaliser sur la fabrication de nouveaux activistes plutôt que sur la conversion des gens au véganisme. Le fondateur de l’organisation, Wayne Hsiung, assimile le véganisme à de l’inaction et affirme que nous devrions plutôt encourager la participation active à travers la protestation perturbatrice. Selon lui, la passion et l’énergie qui ressortent de la protestation disruptive pousseront les gens à prendre part au mouvement, qu’ils soient véganes ou non.

Hélas, la recherche indique plutôt le contraire. Les gens sont fortement dissuadés de participer à des actions radicales en raison de leur peur d’être frappés d’ostracisme social : “les participants” se demandent si leurs actions ou les groupes auxquels ils sont liés ne risquent pas de d’impacter négativement leur autorité et leur efficacité. Par conséquent, ils évitent certaines actions afin de conserver leur influence et/ou de se tenir à distance de certaines franges négatives de la base militante. D’autres chercheurs sont parvenus aux mêmes conclusions.

Les gens sont fortement dissuadés de participer à l’action radicale en raison de leur peur d’être frappés d’ostracisme social

Il faut accroître la participation pour que l’action directe soit efficace. Or pour accroître la participation, la société doit davantage comprendre les enjeux liés aux droits des animaux. Il faut que chaque frère/sœur ou partenaire des activistes nous soutienne – nous avons besoin qu’ils soient véganes.

Atteindre une masse importante

Hsieng a souvent cité le travail de la sociologue, chercheuse et auteure Erica Chenoweth pour défendre la protestation disruptive. Dans son TEDxtalk, elle parle de son analyse de “toutes les campagnes violentes et non-violentes majeures menées depuis les années 1900 pour le renversement d’un gouvernement ou la libération d’un territoire”. Elle en conclut que les campagnes non-violentes de désobéissance civile et de protestation ont été beaucoup plus efficaces.

D’autres observateurs, tout comme Chenoweth, on fait remarquer que les campagnes non-violentes contre les gouvernements au pouvoir depuis longtemps ont moins de chance d’aboutir : “Les régimes qui se maintiennent de génération en génération opéreraient un effet déprimant sur les attentes de la population quant à l’utilité de l’action non-violente quand il s’agit d’arracher le pouvoir aux mains du gouvernement.”

En d’autres termes, plus le règne d’un gouvernement devient normalisé, plus il est difficile de convaincre la population de prendre part à la mobilisation radicale, même s’ils en partagent les objectifs. Rappelons désormais le fait que même le gouvernement ayant le plus longtemps siégé dans l’histoire fait pâle figure à côté de la domination permanente de l’humanité sur les animaux non-humains – domination qui inclut leur consommation. Nous avons donc un gros défi à surmonter.

Erica Chenowth à TEDx Boulder en 2013

Même en ayant pris en compte ces paramètres, Chenoweth a conclu que les mouvements non-violents gagnaient toujours s’ils avaient le soutien d’au moins 3,5% de la population. En d’autres termes, si 3,5% de la population sont prêts à sacrifier leur liberté pour une cause dans laquelle ils croient, ils sont presque certains d’obtenir la victoire. C’est une découverte incroyable qui devrait faire naître une lueur d’espoir chez tous les mouvements naissants, y compris au sein du mouvement des droits des animaux.

Sur la Go Vegan Radio et dans le matériel de promotion de Direct Action Everywhere, Hsiung interprète ces résultats de la manière suivante : il suffit de convaincre “4 personnes sur 100” de participer à leurs actions disruptives pour réussir. Ceci constitue une interprétation erronée, et s’inscrit en fait en nette contradiction avec ce que Chenoweth décrit.

Les recherches de Chenoweth ont montré que les mouvements qui s’engagent dans l’action directe non-violente avant d’atteindre la participation de 3,5% de la population sont beaucoup moins susceptibles de réussir. Tel est l’intérêt d’établir un seuil : savoir quand mobiliser et quand se concentrer sur la croissance du mouvement. Direct Action Everywhere prend l’approche contreintuitive selon laquelle c’est la mobilisation qui fait agrandir le mouvement, alors que les sources qu’il cite affirment que la mobilisation prématurée conduit les mouvements à l’échec. 

Dans la même émission radio et lors de ses conférences, Hsiung cite les travaux du fameux politologue Sidney Tarrow, professeur à Cornell. En fait, Direct Action Everywhere vante souvent les mérites de Power in Mouvement, le livre de Tarrow qui aurait inspiré leurs stratégies disruptives. Si le livre propose une analyse remarquable des mouvements de justice sociale qui devrait être lue par tous les activistes, son message a mal été interprété par Direct Action Everywhere, qui avait aussi compris de travers les travaux de Chenoweth.

Partant de preuves historiques, Tarrow et Chenoweth s’accordent sur le fait qu’il est préférable de se concentrer sur la croissance plutôt que sur l’action dans les premières heures d’un mouvement. Ils partagent aussi la vision selon laquelle certains mouvements croissent moins vite que d’autres.

Tarrow a observé que les mouvements des droits civils, féministes et écologistes ont tous les trois enregistré leur meilleure croissance durant leur institutionnalisation et leur professionnalisation. “L’institutionnalisation et la radicalisation, bien qu’elles étaient contraires, formaient une symbiose, s’entretenaient mutuellement”, écrit-il dans Power in Movement.

En fait, c’est seulement après la croissance de ces mouvements par des moyens politiquement corrects que des groupes de protestation ont vu le jour : “nés de l’insatisfaction liée à l’institutionnalisation constante de ces organisations mainstream, ils ont été formés par une génération d’activistes qui avait constaté les échecs de ces institutions et désapprouvé les compromis qu’elles avaient fait. ”

Si j’admets que notre mouvement progresse de façon terriblement lente, pour autant, il n’est pas logique de conclure qu’il est désormais temps de mobiliser. Notre nombre ne s’est pas suffisamment accru pour cela…. et ne s’agrandira pas en mobilisant pour l’action directe.

“Le résultat positif de l’institutionnalisation a été le fait que la force et la taille du secteur militant ont rapidement pris de l’ampleur à partir des années 1960”, écrit Tarrow. “Robert Brulle et ses associés, qui ont travaillé sur les associations environnementalistes en Amérique, ont mis en lumière un quasi triplement de leur nombre entre 1960 et 1970, ainsi qu’un doublement entre 1970 et 1990. Utilisant les données sur les groupes de féministes et de minorités fournies par l’Encyclopédie des Associations, Minkoff a trouvé une sextuple expansion de ces organisations, étant passées d’un total de 98 en 1955 à 688 trente ans plus tard. La croissance la plus importante a été celle du militantisme et des groupes militants tournés vers la distribution de services, avec des taux de croissance plus faibles pour les groupes spécialisés dans la culture et la provision de service seule. En revanche, aucune croissance n’a été enregistrée pour les groupes orientés vers la protestation. ”

Chenoweth note que certains mouvements se sont radicalisés trop tôt et que leur taux de réussite s’est alors effondré, mais selon elle, c’est plutôt rare. Dans la plupart des cas, un mouvement devient assez large pour réaliser que le nombre fait la force, continue à échouer à travers les moyens institutionnels, et se tourne alors vers l’action directe, animé par le désespoir. Quand aucune de ses tentatives institutionnelles et militantes n’aboutissent, c’est là qu’une classe oppressée décide qu’il est nécessaire de risquer sa vie et sa liberté pour forcer le changement.

Les agissements de Direct Action Everywhere ne sont pas motivés par le désespoir, mais résultent d’une analyse erronée de la théorie sociale – une application artificielle d’une tactique sur un mouvement qui n’a pas encore atteint le point où la tactique peut efficacement marcher. Nous n’avons pas 3,5% de soutien, sans parler de la participation à l’action disruptive – et nous n’allons pas avoir en avoir davantage en nous engageant si tôt dans l’action directe. Nous l’obtiendrons à travers l’éducation et le fait de plaire à la majorité.

Crédibilité inhérente contre crédibilité acquise

En citant Tarrow, Chenoweth et d’autres, Direct Action Everywhere a qualifié ce qui suit de disruptions qui se sont avérées fructueuses :

  • Les sit-in au temps du mouvement des US Civil Rights, à commencer par le Greensboro Four
  • Les piquets de grèves dans les débuts du mouvement américain pour les droits des homosexuels.
  • La désobéissance civile des suffragettes américaines et anglaises
  • Les protestations des activistes pour les droits des handicapés, qui ont finalement permis d’obtenir l’Americans with Disabilities Act (ADA).

Ces mouvements ont tous une chose en commun : ils bénéficiaient à des êtres humains. Ils ont cherché à améliorer les conditions de vie et à relever le statut d’une classe sociale – d’où le terme «mouvement de justice sociale».

La classe opprimée de chacun de ces mouvements a pu s’exprimer activement pour ses droits. Ils étaient des participants et des organisateurs actifs. Ils ont séduit la classe dominante en raison de leur humanité. Ils étaient leur propre base de soutien.

Malheureusement, la plupart des animaux manquent complètement de statut social dans les sociétés humaines. A la place, la grande majorité des animaux sont traités comme des produits de base – littéralement élevés dans le seul but d’être tués et consommés. Pourquoi ont-ils été exclus de la société, d’abord? Sans doute parce qu’ils sont différents de nous, mais aussi parce qu’ils ne peuvent pas nous parler dans nos langues. Même si les véganes éthiques sont convaincus que la sensibilité animale est suffisante pour garantir un statut social élevé, il n’en demeure pas moins que les animaux ne peuvent pas demander spécifiquement de tels droits car ils ne peuvent pas communiquer avec nous.

A la différence de tout autre mouvement de justice sociale dans l’histoire, le mouvement des droits des animaux est unique dans la mesure où la classe opprimée ne peut pas parler dans une langue que les humains comprennent.

Puisque les humains opprimés peuvent raconter leurs propres histoires, leur lutte s’accompagne d’un certain niveau de crédibilité inhérente – seuls leurs plus fervents adversaires minimisent soigneusement les expériences dont ils parlent. Les militants des droits des animaux n’ont pas de crédibilité inhérente; nous sommes des intermédiaires, parlons au nom des animaux comme nous croyons qu’ils le souhaitent.

Comment gagnons-nous de la crédibilité? Les chercheurs ont déterminé que la crédibilité des militants dépend de trois facteurs: 1. les perceptions du savoir et de l’expertise, 2. les perceptions de l’ouverture et de l’honnêteté, et 3. les perceptions de préoccupation et de soins. En outre, ils ont conclu que «défier un stéréotype négatif est essentiel pour améliorer les perceptions de confiance et de crédibilité».

M. Martinez, photo utilisée avec permission

Étant donné qu’aucun être humain ne sait vraiment comment ça fait d’être au monde en tant que poulet ou que cochon, notre responsabilité en tant que défenseurs de leurs droits est de mettre en avant ce que nous croyons être les similitudes entre leurs expériences et les leurs. Mais malheureusement, nous pouvons pas vraiment savoir.

Les non-véganes cherchent la moindre faille pour discréditer notre affirmation selon laquelle les animaux méritent des droits, c’est pourquoi nous ne devrions pas nous comporter d’une manière qui facilite la tâche des non-véganes de saper notre message. Même si cela peut sembler problématique ou s’apparenter à la politique de respectabilité, je ne propose pas que les défenseurs des animaux deviennent des personnes qu’ils ne sont pas; je demande à Direct Action Everywhere de cesser d’encourager les végétaliens à être plus agressifs. Antagoniser le public avec des manifestations perturbatrices se fait détriment de notre crédibilité, ce qui impacte négativement notre efficacité.

Notre objectif est de faire ce qu’il y a de mieux pour les animaux, pas de faire ce qui nous semble le mieux, ni de défendre notre droit de se comporter comme nous le choisissons. Nous sommes leur seul soutien et leur seul espoir.

Partir de rien

Le soutien idéologique aux droits des animaux dans notre société a effectivement commencé à zéro pour cent. Presque personne ne pensait que les animaux devaient avoir des droits, alors ils n’en avaient pas.

Nous avons fait quelques progrès, mais ce mouvement en est encore à ses balbutiements. Les enquêtes nationales indiquent qu’ 1 à 2 pour cent de la population est végane. A côté de ça, environ 2 autres pour cent de la population prétendent être végétariens. Malheureusement, d’autres enquêtes indiquent que la plupart des végétariens ne voient pas leur alimentation dans le cadre de leur identité et ne sont pas motivés par les droits des animaux (mais davantage par le bien-être animal et la santé personnelle). Dans ces conditions, j’estime le soutien idéologique aux États-Unis pour les droits des animaux à moins de 1℅ de la population, avec une majorité confortable pour l’opposition opposition. Même si tous les végétariens éthiques devaient adhérer à Direct Action Everywhere, on serait bien loin des 3,5% de gens prêts-à-se-mettre-en-danger nécessaires pour que les tactiques d’action directe puissent avoir un impact.

Hsiung et d’autres militants de Direct Action Everywhere citeront souvent ce sondage Gallup qui demande si les gens pensent que les animaux méritent les mêmes droits que les personnes, méritent une certaine protection ou n’ont pas besoin de beaucoup de protection. L’enquête a été effectuée trois fois depuis 2003 avec des résultats similaires à chaque fois, c’est-à-dire 25 à 32 pour cent des personnes disant que les animaux méritent les mêmes droits que les gens.

La plupart des gens aux États-Unis limitent leur interaction avec les animaux à leurs chiens ou à leurs chats, qui sont vraiment traités comme des membres humains de la famille, ayant des droits similaires. Je ne peux pas m’empêcher de supposer que la plupart des gens qui ont répondu à ce sondage Gallup pensaient à Fido ou à Félix assis sur leurs genoux au moment même où ils étaient au téléphone avec le sondeur. Si tant de personnes étaient préoccupées par les droits des animaux, la population végétarienne aurait certainement augmenté depuis 2003 – mais au lieu de cela, elle est restée à peu près égale à 1 à 2 pour cent.

De plus, malgré les 32 pour cent des répondants s’étant prononcés en faveur de l’égalité des droits pour les animaux, un pourcentage plus faible était très préoccupé par le bien-être des animaux dans les zoos (21 pour cent), les fermes (26 pour cent) et les parcs marins (25 pour cent). Pourquoi quelqu’un qui croit en l’égalité des droits pour les animaux ne montre même pas une forte préoccupation pour leur bien-être? Pas une seule fois la question ne s’est portée sur leur soutien à l’interdiction de ces pratiques; pourtant ces interrogations conduiraient certainement à des réponses bien différentes. Ce sondage est erroné et trop peu spécifique pour fournir des données fiables.

Quoi qu’il en soit, Hsiung semble avoir contredit sa confiance dans les résultats du sondage Gallup dans son passage à Go Vegan Radio. Lorsqu’on lui a demandé si les activistes de Direct Action Everywhere sont végétaliens, il a répondu que tous les membres de base sont véganes et qu’il croit que la plupart des autres personnes sont impliquées les sont également. Si la grande majorité des membres de son organisation est végane, n’est-il pas aisé de dire que la cause parle principalement aux véganes? Et que nos niveaux estimés de soutien devraient être tirés du nombre de vegans aux États-Unis, et non du nombre de personnes qui ont répondu à un sondage mal formulé?

Le soutien du public compte

Lorsqu’on les a questionné sur la pertinence du sondage Gallup lors de la conversation, Hsiung et d’autres activistes de Direct Action Everywhere ont fait marche arrière et finalement affirmé que le soutien public n’a pas d’importance et qu’une minorité incroyablement infime d’activistes peut faire une différence par eux-mêmes. Cette publication de blog souvent référencée utilise le succès de March on Washington comme la preuve que seulement 0,1 pour cent de la population peut provoquer une action, mais ignore que le soutien public de la marche était fort (40 pour cent de soutien) par rapport au soutien aux droits des animaux .

Lorsque les comparaisons avec les mouvements de droits civiques, environnementaux, féministes et de changement de régime sont caduques, Direct Action Everywhere fait référence au mouvement des droits des homosexuels – affirmant que son faible niveau de soutien à l’époque des émeutes Stonewall est similaire aux mouvements des droits des animaux aujourd’hui . Bien qu’il soit vrai que les opposants à l’homosexualité dépassaient largement les partisans, Stonewall a déclenché une discussion nationale parce que ça a humanisé une population à propos de laquelle beaucoup de personnes (36 pour cent) n’avaient jamais eu de jugement positif ou négatif. Nous ne pouvons pas comparer cet environnement politique à nos jours où 99% des personnes sont investies dans l’oppression animale par leurs habitudes de consommation quotidienne.

Bien qu’il existe des recherches approfondies sur le lien entre la protestation et l’opinion publique, aucune ne semble plus complète que l’analyse empirique des succès du mouvement environnemental publiée en 2007 par le sociologue Jon Agnone de l’Université de Washington . Après avoir discuté de diverses théories sur la relation entre protestation et opinion publique, il a analysé l’adoption de la législation environnementale tout en étudiant les corrélations entre les manifestations et l’opinion publique d’alors.

Agnone conclut que «l’opinion publique influence les changements dans la politique publique pro-environnementale (au-delà de son impact indépendant lorsqu’elle est accompagnée de protestation), ce qui accroît l’importance des exigences du public aux yeux des législateurs».

En outre, Agnone soutient que sa recherche a des implications considérables pour les analyses antérieures des mouvements sociaux qui ont ignoré l’opinion publique: “Les chercheurs doivent tenir compte de l’opinion publique sur les questions concernant les mouvements sociaux lors de l’évaluation du rôle de la protestation sur les résultats politiques. Le modèle d’amplification de l’impact des politiques suggère que le travail qui néglige l’interaction entre l’opinion publique et l’activité des mouvements sociaux ne tient pas pleinement compte des déterminants de la politique publique “.

En d’autres termes, la recherche sur l’impact des mouvements de protestation qui ignore le contexte de l’opinion publique à l’époque n’a plus de sens. Marco Giugni, sociologue à l’université de Genève et auteur de Protest Social Policy and Policy Change, a étudié le même phénomène depuis plus d’une décennie et a abouti à des conclusions similaires: “les mouvements sociaux semblent avoir un impact sur la politique uniquement lorsqu’ils sont aidés par d’autres facteurs”.

Direct Action Everywhere cite le travail de Doug McAdam comme contre-argument mais, mais en y regardant plus près, on constate qu’il manque également de soutenir leurs conclusions.

McAdam a écrit une analyse pointue des “promenades en liberté” de 1964 dans le livre Freedom Summer. Plus de 700 étudiants universitaires (majoritairement blancs) du Nord, de l’Ouest et du Midwest se sont rendus au Sud pendant l’été pour prendre part à une action visant à fournir aux Noirs une éducation au vote et au système des sondages. À leur arrivée, trois d’entre eux ont été assassinés et la violence a continué tout au long de l’été, mais très peu ont quitté les lieux et sont rentrés chez eux.

Selon McAdam, si une campagne reste active face à la répression, c’est grâce à la force de la communauté que forment les activistes. Direct Action Everywhere considère cela comme la preuve que l’opinion publique n’a pas d’importance si les militants forment une communauté soudée, mais ils ignorent une observation importante de McAdam: les étudiants proviennent de foyers plutôt progressistes avec des parents qui ont appuyé leurs croyances et leur décision de participer. Alors qu’ils n’avaient pas de soutien public dans le Sud, ils avaient un soutien à la maison et à l’échelle nationale (36 pour cent, selon les chiffres que Direct Action Everywhere cite).

La recherche est claire: la désobéissance civile marche, mais seulement de concert avec un soutien public raisonnable

Direct Action Everywhere encourage les activistes disruptifs à ignorer les réactions négatives des amis et de la famille – même d’autres véganes – mais ces réactions devraient être traitées comme un drapeau rouge. La recherche est claire: la désobéissance civile marche, mais seulement de concert avec un soutien public raisonnable.

Une étude récente le confirme encore une fois, mais va plus loin : les mobilisations de masse à protester servent un objectif important – démontrer à d’autres partisans que le mouvement est viable. “Avoir de nombreux agents disposés à payer ces coûts [de protester] peut signaler à d’autres qu’il y a assez de gens prêts à prendre des mesures coûteuses, que la révolution a des chances de réussir. En revanche, les sondages et les réseaux sociaux peuvent impliquer des coûts beaucoup plus faibles, donc le fait que les agents disent simplement qu’ils soutiennent le changement n’indique pas qu’ils seraient disposés à agir si nécessaire.

Cependant, ils concluent également que le faible taux de participation aux manifestations et la mauvaise démonstration de force “peuvent réellement décourager suffisamment de la population pour rendre le succès impossible”.

La stratégie de DAE ressemble peu ou prou à cela : mobilisons aujourd’hui, et si notre nombre est trop petit pour réussir, mobilisons à nouveau le lendemain. L’action directe est un outil puissant qui devrait être utilisé au moment opportun. Plus le soutien de l’opinion publique à une thématique est faible, plus il sera difficile de mobiliser les gens à passer à l’action directe, surtout si les militants nourrissent les clichés négatifs et ostracisent le public.

Un exemple d’échec dans la réplication tactique

Lorsque deux femmes noires ont pris le micro lors d’un rassemblement de Bernie Sanders à Seattle en août dernier, le mouvement Black Lives Matter a acquis une couverture médiatique sans précédent, tant favorable que défavorable. Même si Black Lives Matter fait face à d’importantes remises en cause, il jouit du privilège inhérent d’autres mouvements de justice sociale: une base de soutien intégrée. Dans ce cas, près de 40 pour cent de la population des États-Unis sont des personnes de couleur, dont la plupart reconnaissent les privilèges blancs et le racisme structurel comme les problèmes auxquels la société doit s’attaquer.

Lorsque les médias conservateurs (et certains libéraux) ont tourné en dérision la tactique «grossière» et «irrespectueuse» de voler la scène de Bernie Sanders, les partisans de Black Lives Matter ont su monter au créneau pour défendre l’action et orienter la conversation vers les vrais problèmes plutôt que sur l’action en elle-même. Le résultat? La campagne de Sanders a reconnu que ces questions étaient largement soutenues, a engagé une militante de Black Lives Matter en tant que secrétaire de la presse nationale et a ajouté plusieurs des objectifs du mouvement à sa plate-forme.

Les militants avec Direct Action Everywhere ont apparemment noté ce succès et ont décidé de calquer la tactique pour leur propre usage. Ils ont perturbé au moins cinq ralliements de Sanders avec des signes de cri et de protestation, en attirant l’attention des médias dont les réactions ont été au mieux neutres, au pire négatives. Des membres de base du mouvement se sont montrés distants de cette pratique sur les réseaux sociaux, embarrassés d’y être associés. Mais même si chaque végane aux États-Unis partait en guerre pour défendre la perturbation, nos chiffres pâliraient par rapport au soutien apporté à Black Lives Matter: le nombre d’alliés blancs seul dépasse les vegans (qui sont des alliés humains contre des animaux non humains) d’une mesure de 30 à 1. Pourquoi supposerions-nous que nous pouvons prendre les tactiques mises en œuvre par Black Lives Matter et avoir un impact similaire lorsque notre mouvement existe dans un contexte différent?

L’équipe de campagne de Sanders a finalement contacté Direct Action Everywhere pour demander ce qui pourrait être fait pour que l’organisation puisse cesser de perturber. Pourquoi? Parce que c’était dérangeant (et cela s’éloignait des problèmes sociaux populaires de leur campagne), rien de plus. En fin de compte, l’équipe de campagne de Sanders n’a rien ajouté à sa plate-forme sur les droits des animaux, ni n’a embauché un végétalien à son personnel parce que, contrairement à Black Lives Matter, le large soutien public pour le mouvement des droits des animaux n’existe tout simplement pas.

Direct Action Everywhere affirme que Hillary Clinton a publié une mesure de protection des animaux après quelques interruptions menées chez Sanders. Mais en fait, ils n’y étaient pas pour grand chose dans cette décision,  probablement motivée par le désir de Clinton d’obtenir l’approbation de Russell Simmons après une réunion avec ses représentants dans les coulisses d’un concert. Quoi qu’il en soit, la politique de protection sociale de Clinton est constituée de positions faisant l’unanimité, utilise maladroitement le terme «droits des animaux» et fait du pied aux agriculteurs et les éleveurs – en d’autres termes, c’est un monde politique qui ne permet pas d’appuyer les objectifs ultimes de ce mouvement.

L’éléphant dans la pièce: les comportements habituels

Nous sommes confrontés à un autre défi que n’ont pas connu les mouvements de défense des droits de l’homme : non seulement nous devons changer l’opinion publique, mais aussi nous devons changer les comportements habituels individuels avant qu’un changement institutionnel substantiel puisse suivre. Les humains consomment des animaux tous les jours, souvent plusieurs fois par jour; cela devra changer pour que les animaux obtiennent des droits. Il s’agit d’une différence significative par rapport aux mouvements des droits de l’homme, où la classe dominante a simplement accepté une nouvelle croyance ou une loi afin que la classe opprimée atteigne ses objectifs.

  • Les Blancs n’ont pas changé leur comportement personnel pour permettre la déségrégation; ils ont juste accepté de nouvelles lois (et continuent à perpétuer le racisme d’autres façons).
  • Les personnes hétéros cis-genre n’ont pas eu à adopter de nouvelles habitudes pour permettre les droits LGBTQ +; ils ont simplement accepté de nouvelles lois (et continuent à profiter de notre société hétéro-théorique).
  • Les hommes n’ont pas changé leur comportement pour permettre aux femmes de voter; ils ont seulement modifié leur approche pour se conformer aux nouvelles lois (et continuer à bénéficier du sexisme d’autres façons).
  • Seule une petite minorité de propriétaires fonciers ont été”accablés” par le passage de la American Disabilities Act, alors que la plupart des gens valides n’ont pas subi de répercussions.

Direct Action Everywhere a encouragé ses militants (et tous les véganes) à déménager à Berkeley, en Californie, où l’organisation a ouvert un Centre communautaire des droits des animaux. Ils prévoient d’essayer d’interdire les ventes de viande, en utilisant leurs tactiques de protestation et de perturbation. Bien que cela soit une expérience intéressante, toutes les données indiquent que c’est voué à l’échec – même si, contre toute attente, ils adoptent une loi.

Dans l’histoire, les efforts pour imposer légalement des comportements que le public ne soutenait pas ont été des échecs. Les deux meilleurs exemples sont étroitement liés: l’interdiction de l’alcool aux États-Unis de 1920 à 1933 et la guerre continue contre les drogues, en particulier en ce qui concerne la marijuana.

Dans les deux cas, les forces puritaines ont contraint le gouvernement à interdire les intoxicants qui étaient fortement demandés. Dans les années 20, les vendeurs illégaux d’alcool ont fait tellement d’argent qu’ils pouvaient payer les fonctionnaires pour rester sur le marché. L’alcool a été secrètement importé et produit au pays, les forces violentes contrôlant souvent l’approvisionnement. Bien sûr, l’interdiction de l’alcool a finalement été abrogée – et l’interdiction de la marijuana est bien partie pour avoir le même destin.

Le plan stratégique de DAE prévoit une interdiction de la viande à Berkeley au cours des 8 prochaines années, mais comment? Leurs tactiques perturbatrices ne favoriseront probablement pas une telle mesure, de sorte que leur plan semble s’appuyer sur la pression politique et l’interdiction légale au mépris de l’opinion publique.

Si elles devaient persuader avec succès le gouvernement (contre toute attente et malgré le lobby agricole massif) d’interdire la vente de produits d’origine animale, alors que 99% des gens aux États-Unis les consomment actuellement, quelles sont les preuves que la population accepterait cette décision?

L’interdiction de l’alcool existe encore aux États-Unis au niveau local; en effet, il y a des centaines de villes et de comtés qui interdisent toujours la vente d’alcool. Est-ce que ces lois empêchent les gens de boire? Non – en fait, le taux de consommation excessive d’alcool est plus élevé dans les comtés où la boisson est prohibée. Sans aborder la question de l’opinion publique, nous verrions probablement le même phénomène avec l’interdiction des produits animaux dans une ville comme Berkeley, où les gens pourraient facilement voyager à Oakland ou à San Francisco pour acheter ou manger de la viande. Et peu importe, l’application de la loi serait terrible puisque les pouvoirs publics ne seraient pas d’accord avec elle (et voudraient chercher de la viande pour eux-mêmes).

Aux Etats-Unis, les gens aiment boire et aucune force de loi puritaine ne changera cela. Et même si l’alcool peut être sain avec modération, il n’est pas nécessaire nutritionnellement. Le retour de bâton lié à l’interdiction des produits animaux – que la plupart des gens (et même des nutritionnistes) pensent encore être nécessaires pour une santé optimale – serait beaucoup plus fort que celui qu’il a pu être pour l’interdiction de l’alcool.

DAE croit que les militants de base sont notre outil le plus puissant parce que l’industrie animale n’a pas d’activistes, mais leurs plans créeront une armée d’entre eux.

Le changement de comportement débute avec l’éducation

Autrefois, les américains aimaient fumer. Au lieu de proclamer les cigarettes illégales, une approche différente a été prise: les campagnes éducatives (menées par le gouvernement et les organismes à but non lucratif) ont fait passer la cigarette de norme sociale à tabou social. Comme pour la consommation de viande aujourd’hui, la plupart des gens aux États-Unis croyaient que les cigarettes étaient parfaitement bonnes pour la santé, donc les campagnes publicitaires visaient à vaincre ce mythe.

Même si la plupart des gens ne sont toujours pas en faveur de l’interdiction des produits du tabac, le soutien à une interdiction a progressivement augmenté avec les efforts éducatifs (l’enquête de 2016 étant l’exception à cette tendance), même s’il n’y a pas eu de tentative de persuader les gens de soutenir une interdiction. En d’autres termes, à mesure que moins de personnes fument, plus de gens sont d’accord avec la limitation de leur utilisation – les gens n’aiment pas être hypocrites. Si le mouvement anti-tabac était un mouvement de justice sociale, le soutien public leur permettrait d’utiliser efficacement l’action directe (avec au moins 3,5 pour cent de participation) dans le prolongement de cette campagne d’éducation réussie.

Il est intéressant de noter que dans le même sondage Gallup sur le tabac, la grande majorité des fumeurs américains conviennent qu’il est malsain de fumer, mais continuent de le faire. Avec l’amélioration des méthodes de prévention et de la technologie médicale, cette incohérence a diminué au fil du temps.

Les dernières recherches sur le changement de comportement environnemental indiquent que l’exploitation de cet «écart hypocrite» pourrait bénéficier à notre mouvement. Les chercheurs ont examiné l’écart entre le nombre de citoyens français qui estiment que la protection de l’environnement est importante (93 pour cent) et le nombre qui a adopté des comportements respectueux de l’environnement (38 pour cent) et a vu une opportunité pour le mouvement environnemental: une fois que les gens sont persuadés que l’environnement est important, leur propre hypocrisie peut effectivement être utilisée comme outil auto persuasif pour favoriser un comportement amélioré.

Alors que les sondages Gallup sur les droits des animaux traités plus haut n’indiquent pas de soutien pour le mouvement, ils indiquent que le public a de plus en plus sympathie pour notre cause. Il s’agit d’un public assez mûr pour les efforts éducatifs. De ce fait, on pourrait se retrouver dans une situation semblable à celles des mouvements sociaux passés : leur existence était antérieure à la mobilisation. Ce qui est bien avec l’amélioration des options alimentaires véganes (y compris  la vraie viande et les produits laitiers produits sans animaux), c’est que les gens n’auront même plus à faire le travail laborieux consistant à cesser d’eux-mêmes l’utilisation d’animaux.

Nous devons conférer un statut social aux animaux à travers un changement de comportement pour que ce statut puisse être amélioré par la suite

Il convient de mentionner que la nouvelle «Feuille de route stratégique sur 40 ans»  de Direct Action Everywhere encourage réellement une campagne massive d’éducation publique pour «élever la victimisation des animaux dans toute la société», mais ils n’ont pas prévu cela avant l’an 2030, sans pour autant donner d’explication. On dirait que c’est entièrement rétrospectif.

On pourrait résumer le principe de notre mouvement dans la formule suivante : le changement comportemental d’abord, le changement social ensuite. Nous devons conférer un statut social aux animaux à travers un changement de comportement, pour que par la suite ce statut puisse être amélioré grâce à une mobilisation similaire à celle que nous avons observée dans les mouvements sociaux passés.

Intersectionnalité et pas identité

Pour commencer, la prémisse même selon laquelle nous devrions couper-coller les tactiques des mouvements de justice sociale est enracinée dans la conviction que tous les mouvements sont à 100 pour cent comparables. Bien que j’ai concentré cet essai sur l’inefficacité des tactiques de cooptation d’autres mouvements de justice sociale qui ne prennent pas en compte les caractéristiques spécifiques de notre mouvement, d’autres activistes ont par ailleurs beaucoup écrit sur l’éthique de la comparaison l’oppression humaine et l’oppression animale.

“Amplifions les voix des personnes marginalisées qui parlent de ces problèmes eux-mêmes au lieu de s’approprier leurs histoires ou leurs expériences pour poursuivre nos programmes”, déclare Christopher-Sebastian McJetters sur Sistah Vegan. “Aussi nobles que peuvent être vos intentions, qu’est-ce que le fait de dire des choses incendiaires quand vous n’avez pas ces expériences révèle de votre activisme, à votre avis?”

Je pense que les problèmes de Direct Action Everywhere avec le racisme et le sexisme dans ses rangs proviennent de la même source. Lorsque les dirigeants d’une organisation éliminent toutes les nuances de leur analyse des mouvements antérieurs de justice sociale, ils ne favorisent pas le respect des luttes humaines, indépendamment de leurs leçons pour la cause des droits des animaux.

Nous devons considérer le contexte, la fréquence et le moment où certaines tactiques ont été utilisées avec succès dans le passé.

Cela dit, McJetters affirme néanmoins que comparer les oppressions n’est pas tout à fait tabou – après tout, les systèmes d’oppression sont intrinsèquement liés – mais que les militants des droits des animaux devraient choisir la bonne façon et le bon moment pour faire ces comparaisons. Je crois que la même chose est vraie à propos de l’utilisation de tactiques à partir d’autres mouvements. Pour éviter les résultats indésirables – comme éloigner les gens du véganisme -, nous devons considérer le contexte, la fréquence et le moment où certaines tactiques ont été utilisées avec succès dans le passé.

Cette perspective incontextuelle a apparemment conduit les militants à ignorer comment le racisme et le classisme entravent le succès du mouvement des droits des animaux. Le plan sur quarante années de Direct Action Everywhere ne reconnaît pas que nous devrons travailler à réparer notre système alimentaire mal en point avant que les animaux ne puissent être retirés de toutes les assiettes avec une modification constitutionnelle en faveur des droits des animaux. Cet échec à comprendre l’intersectionnalité se reflète également dans leur choix de Berkeley comme leur «ville de départ», où le coût de la vie exclut les personnes pauvres (et la plupart des personnes de couleur) de participer.

Se dire que les animaux auront des droits dans 40 ans, ça sonne bien, mais cela introduit un idéalisme irréaliste à un nouveau niveau. Un siècle s’est écoulé entre la Proclamation de l’émancipation et le mouvement des droits civils – et maintenant, plus de 50 ans après cette proclamation, les droits fondamentaux sont encore menacés dans la population noire. Discuter du mouvement des droits civils comme si nous pouvions apprendre de sa victoire, cela participe de l’effacement de cette lutte continue et, ironiquement, rend plus difficile pour notre mouvement l’obtention d’un attrait universel.

Un meilleur mouvement

Si les protestations étaient suffisantes pour qu’une opinion minoritaire extrême change le monde, je ne suis pas convaincu que le monde serait un meilleur endroit. En matière d’opinions minoritaires, il y a à boire et à manger… je ne veux pas que certaines d’entre elles influencent la société. Par exemple, voici quelques opinions inquiétantes aux États-Unis qui sont plus populaires que les droits des animaux:

-L’avortement devrait toujours être illégal sans exception (19 pour cent)

-Le sexe homosexuel devrait être illégal (28 pour cent)

-Les voiles musulmans devraient être illégaux (28 pour cent)

-Les exécutions de personnes ayant une déficience intellectuelle devraient être légales (19 pour cent)

Les tenants de ces points de vue ne peuvent pas simplement exiger de les imposer au reste de la société parce que la majorité les rejetterait dans le climat politique actuel. De la même façon, nous ne pouvons pas nous imposer nos croyances aux autres. Sans convaincre davantage de personnes d’être de notre côté, nous ne parviendrons pas à atteindre nos objectifs.

Dans le cadre de la cause globale des droits des animaux, il pourrait cependant y avoir des problématiques spécifiques pour lesquelles l’action directe peut être utilisée efficacement parce qu’elles ont un large soutien public (cirques et parcs marins, problèmes de chiens et de chats), mais celles-ci devraient être considérées au cas par cas. Dans l’ensemble, je suis plutôt déconcerté par le fait que tout le monde puisse se pencher sur la recherche et conclure que l’action directe devrait être utilisée de façon persistante pour faire croître un mouvement plutôt que de l’utiliser avec modération pour mobiliser un mouvement lorsque le climat politique le permet.

Alors, que pouvons-nous faire? Nous n’avons pas besoin de prendre une seule approche, mais nous devons nous assurer que ce que nous faisons n’est pas dangereux pour les efforts des autres. Nous pouvons mener des activités de sensibilisation par des moyens traditionnels comme le tractage et l’échange constructif, soutenir les organisations et les entreprises qui inventent de nouveaux moyens et produits de sensibilisation, ou encore animer la communauté végane en organisant des événements sociaux inclusifs et accueillants. Nous pouvons apporter les concepts de droits des animaux à d’autres communautés et mouvements en participant à leurs efforts et en démontrant que les végétaliens sont rationnels, attentionnés et favorables aux luttes intersectorielles. Nous pouvons inspirer les autres à nous rejoindre en diminuant les obstacles à l’entrée.

“Il n’y a pas de modèle unique d’organisation du mouvement et pas de trajectoire organisationnelle unique”, écrit Tarrow dans Power in Movement. “En fait, l’hétérogénéité et l’interdépendance sont des meilleurs stimulants de l’action collective que l’homogénéité et la discipline, ne serait-ce que parce qu’ils favorisent la concurrence interorganisationnelle et l’innovation”.

Chenoweth préconise également une diversité de stratégies: «Je pense que les mouvements peuvent s’appuyer sur des méthodes particulières – comme les manifestations, les rassemblements ou les professions – qui peuvent épuiser les participants ou aliéner la population en général sans perturber efficacement l’adversaire».

Malheureusement, Direct Action Everywhere n’écoute pas les conseils des spécialiste qu’elle cite le plus. En fait, Hsiung désaprouve l’éducation végane et critique les militants véganes en disant que le véganisme a pour objet les consommateurs et non les animaux. Il a raison dans une certaine mesure : nous devrions concentrer nos efforts sur la création de véganes éthiques, en mettant l’accent sur le fait de contester le mythe du besoin nutritionnel de protéines animales. Nous devons créer des végétaliens qui comprennent et soutiennent les droits des animaux.

Comment pouvez-vous aborder un activisme efficace avec ouverture d’esprit lorsque vous fondez une organisation entière autour d’une tactique plutôt que d’un but?

Cependant, je pourrais faire une critique similaire sur Direct Action Everywhere: leur idéologie n’est pas de faire ce qu’il y a de mieux pour les animaux, mais s’apparente plutôt à comment utiliser une tactique singulière pour les animaux. Comment pouvez-vous aborder un activisme efficace avec un esprit ouvert lorsque vous fondez une organisation entière autour d’une tactique plutôt qu’un but?

Les militants des droits des animaux les plus efficaces ont un esprit ouvert. Ils sont capables de dompter leur frustration et de faire taire leurs ego, en canalisant cette même énergie en progrès efficace. Ils travaillent à normaliser notre cause plutôt qu’à la radicaliser prématurément. Ils observent que le changement social est cyclique et prend du temps, en particulier lorsque le changement de comportement est impliqué. Chose encore plus cruciale, ils reconnaissent que la stratégie ne vient pas dans des paquets prêts à l’emploi d’une taille unique que nous pouvons emprunter à d’autres mouvements.

Par ailleurs, ils admettent que pour le moment (au moins) nous n’avons pas besoin d’action directe partout.

Traduction française par Tristan ROTH.

Article initial d’Alex Felsinger.

Alex Felsinger est végane depuis 2005 et actif dans le mouvement des droits des animaux depuis 2009, tout récemment en tant que directeur de programme chez Farm Animal Rights Movement. Il concentre maintenant son temps sur un projet (bientôt annoncé) où il travaillera à développer des interventions améliorées pour promouvoir le véganisme auprès des masses. Il remercie spécialement les nombreux amis et collègues qui ont pris le temps de passer en revue et de modifier l’essai initial avant sa publication.

 

Règle de la minorité : des scientifiques ont trouvé le point de bascule de la diffusion des idées

Dans cette visualisation, on aperçoit le point de bascule où une opinion minoritaire (en rouge) devient rapidement une opinion majoritaire. Au cours du temps, l’opinion minoritaire prend de l’ampleur. Lorsque celle-ci a atteint 10% de la population, la donne change rapidement : l’opinion minoritaire prend le pas sur l’opinion majoritaire (en vert).

Source : SCNARC/Rensselaer Polytechnic Institute

Traduction d’un article de ScienceDaily

Des scientifiques du Rensselaer Polytechnic Institute ont mis en lumière cette règle : si 10% de la population croient fermement en quelque chose, alors leur croyance sera toujours adoptée par la majorité. Les chercheurs, membres du département des sciences cognitives au centre de recherche académique (SCNARC) de Renssealer, ont utilisé des méthodes informatiques et analytiques afin de découvrir le point de bascule où une croyance minoritaire devient une opinion majoritaire. Ces conclusions permettront d’approfondir l’étude des interactions sociales et de leur influence, allant de la diffusion des innovations au déplacement des idéaux politiques.

“Lorsque la proportion de personnes qui partagent une opinion est inférieure à 10%, il n’y a pas de progrès visible en matière de diffusion des idées. A ce stade, atteindre la majorité prendrait un temps comparable à l’âge de l’univers”, selon Boleslaw Szymanski, le directeur du SCNARC. “Une fois que le nombre dépasse 10%, l’idée se répand comme une traînée de poudre.”

Pour exemple, les événements actuels en Tunisie et en Egypte semblent révéler un fonctionnement similaire, d’après Szymanski. “Dans ces pays, des dictateurs ayant été au pouvoir durant des décennies ont soudain été renversés en l’espace de quelques semaines.”

Les conclusions de l’étude ont été publiées le 22 juillet 2011, dans l’édition numérique du journal Physical Review E, dans un article intitulé “Social consensus through the influence of committed minorities.”

Un des aspects importants de cette étude est que le pourcentage requis de “personnes qui partagent l’opinion minoritaire” pour que l’opinion devienne majoritaire ne change pas significativement, malgré la diversité des milieux professionnels auxquels appartiennent les tenants de l’opinion. En d’autres termes, le pourcentage requis de tenants d’une opinion reste toujours d’environ 10%, indépendamment de l’origine de l’opinion et de la manière dont elle se répand dans la société.

Pour parvenir à ces conclusions, les scientifiques ont développé des modèles informatiques de différents types de réseaux sociaux. Dans un des réseaux, tous les individus étaient en relation entre eux. Dans le second modèle, certains individus étaient en relation avec un grand nombre de gens, et étaient de fait des leaders d’opinions. Dans le dernier modèle, chaque personne avait un nombre semblable de relations. Dans chaque modèle, au départ, beaucoup d’individus étaient traditionalistes. Parmi ces individus, tous avaient une opinion propre, mais étaient assez ouverts aux autres opinions.

Une fois les réseaux construits, les chercheurs ont alors “introduit” quelques tenants d’une opinion forte dans chacun des réseaux. Droits dans leurs bottes, inflexibles sur leurs croyances, ces “vrais croyants” ont commencé à converser avec d’autres individus, dont le système de croyances était plus traditionnel. Peu à peu, le cours des choses s’est inversé.

“En général, les gens n’aiment pas avoir une opinion impopulaire et cherchent toujours à trouver un consensus. Dans chacun de nos modèles, nous avons permis l’apparition de cette dynamique”, a déclaré Sameet Sreenivasan, associé de recherche au SCNARC. Pour rendre cela possible, au sein des modèles, tous les individus ont parlé de leurs opinions entre eux. Si celui qui écoutait avait la même opinion que celui qui parlait, cela renforçait les croyances de l’auditeur. Si leurs opinions étaient différentes, l’auditeur en prenait acte et s’en allait parler à une autre personne. Si cette dernière personne partageait la nouvelle croyance en question, l’auditeur adoptait alors la croyance.

“Quand les acteurs du changements se mettent à convaincre un nombre croissant de personnes, la situation commence à changer”, a déclaré Sreenivasan. “Au début, les gens commencent à questionner leur propre vision puis adoptent la nouvelle vision afin de la répandre eux aussi. Si les “vrais croyants” influençaient seulement leurs voisins, ça ne servirait à rien dans le plus grand système, puisque nous avons observé un pourcentage inférieur à 10.

Cette étude a de nombreuses implications en ce qui concerne la compréhension de la diffusion de l’opinion. “Il y a clairement des situations dans lesquelles cela aide à comprendre comment accélérer la diffusion d’une opinion, ou comment éliminer une opinion qui émerge”, a déclaré le co-auteur de l’étude Gyorgy Korniss, professeur de physique. “Dans certains cas, ils faut convaincre rapidement les gens : s’ils doivent partir avant l’arrivée d’une tornade, par exemple. On peut aussi penser à la prévention face à certaines maladies dans les villages ruraux : de telles situations exigent la diffusion de l’information.”

Les scientifiques cherchent désormais des collaborateurs dans les sciences sociales et dans d’autres champs pour comparer leurs données informatiques avec des exemples historiques. Ils souhaitent également savoir si le pourcentage change lorsque la société est polarisée. Au lieu d’avoir simplement une vue traditionnelle, la société serait divisée en deux points de vue opposés. Un exemple de polarisation pourrait être Démocrates contre Républicains aux Etats-Unis.

Plus d’information dans l’article original  publié en 2011 par ScienceDaily.

Traduit par Herlock Sholmes

Note : “vrais croyants” est la traduction de “true believer”. La notion n’est pas nécessairement religieuse, et fait principalement référence aux fervants tenants d’une opinion quelconque. 

ETUDE : les stratégies de protestation extrêmes pourraient être contre-productives

Traduction de l’article de Toni Airaksinen. Les propos tenus ici ne reflètent pas nécessairement mon opinion sur la question et n’ont pas vocation à prescrire un quelconque type de comportement.

Selon une nouvelle étude, interrompre le trafic routier, endommager une propriété, déclencher une émeute et d’autres formes “extrêmes” de protestation peuvent réduire le soutien populaire de certains mouvements sociaux.

L’étude, Extreme Protest Tactics Reduce Popular Support For Social Movements,  a été publiée dans SSRN par le professeur Matthew Feinberg (Université de Toronto). Son enquête sur les tactiques de protestation a été inspirée par son passage à l’Université de Berkeley (Californie), période durant laquelle il s’est rendu à de nombreuses manifestations, a-t-il confié à Campus Reform.

Feinberg et son ancien directeur de thèse, Professeur Robb Willer,  “se demandaient quelles stratégies seraient plus fructueuses que les autres et quelles stratégies pourraient s’avérer contre-productives”. Ainsi, ils se sont penchés sur la question, aux côtés de Chloé Kovacheff,  doctorante à l’Université de Toronto.

Lors d’une expérience, Feinberg et son équipe montrèrent aux participants des vidéos de militants issus de trois mouvements sociaux courants aux Etats-Unis : les droits des animaux, les Black Lives Matter, et la mouvance anti-Trump. La question était de savoir si le type de stratégie utilisé par les militants dans chaque scénario avait un effet sur le soutien des participants aux différents mouvements sociaux.

Sans surprise, il parvint à la conclusion que plus la tactique de protestation est violente (comme le fait de déclencher une émeute ou interrompre le trafic), moins les gens sont susceptibles de soutenir la cause.

“Nous avons remarqué qu’être exposé à des formes extrêmes de protestation réduit le soutien donné aux activistes, à leur mouvement et à leur cause”, confesse Feinberg à Campus Reform. “C’est contreproductif si l’un de vos objectifs est de toucher l’opinion publique et d’obtenir le soutien de la population en général “.

Le fait que les manifestations puissent s’avérer contreproductives a été démontré lors d’une de leurs expériences ultérieures, qui s’est concentrée sur la mouvance anti-Trump.

“Le plus surprenant, ce sont les réactions aux protestations anti-Trump. Quand les participants (de tous bords politiques) furent exposés à  des vidéos de blocage du trafic routier [provoqués par les manifestants anti-Trump], ceux-ci étaient plus enclins à supporter le président Américain, avoua Feinberg.

La possibilité que les manifestations soient contreproductives a d’importantes implications pour les activistes, expliqua-t-il : “Il y a une contradiction entre deux objectifs principaux de l’activisme : l’un est d’attirer l’attention, l’autre est d’obtenir le soutien de l’opinion publique”.

[…] Selon les recherches de son équipe, il est possible que les récentes émeutes de Berkeley (ayant éclaté lors du discours de Milo Yiannopoulos), soient finalement contreproductives, même si elles ont atteint leur objectif initial qu’était le maintien de la liberté d’expression sur le campus.

Feinberg a cependant souligné le fait que l’objectif de ses recherches n’est pas de descendre les activistes ou l’activisme d’une quelconque manière, mais plutôt de souligner les écueils des excès de zèle.

“Nous ne prenons pas de position politique”, a-t-il affirmé. “Nous reconnaissons que l’activisme constitue une part importante du processus démocratique. Nous voulons simplement souligner les contradictions existantes.”

 Note : certaines franges des mouvements sociaux utilisent des stratégies “extrêmes” de protestation, sans que leur but soit d’obtenir le soutien de l’opinion publique. Il s’agit entre autres de faire réagir des acteurs de pouvoir (politiques, législateurs, industriels, médias, etc.) sans chercher de consensus populaire. La question est de savoir si ces tactiques, bien qu’apparemment limitées dans la conquête de l’opinion publique, peuvent faire bouger les lignes politiques, juridiques et organisationnelles dans le sens souhaité. Autrement dit, on ne sait pas encore si elles sont contreproductives lorsqu’il s’agit d’atteindre d’autres buts que l’approbation du grand public. 

Herlock Sholmes

 

 

10 conseils de communication pour les nouveaux véganes (et les autres)

Traduction de l’article du Vegan Strategist (Tobias Leenaert)

Il est important de se battre pour ses convictions. Il est également appréciable d’influencer les gens pour qu’ils suivent notre exemple. Seulement parfois, nous pouvons prendre notre mission un peu trop à cœur . C’est notamment le cas des nouvelles recrues, prêtes à militer 24/7, souvent de manière contre-productive. Voici quelques conseils pour éviter de tomber dans cet écueil. De quoi partir sur de bonnes bases pour militer efficacement.

 

1. Restez ouvert d’esprit

Ce n’est pas parce que vous avez arrêté les produits d’origine animale que vous devez arrêter de penser. Notre mouvement n’en est qu’à ses balbutiements. On peut toujours s’améliorer, acquérir davantage de connaissances et de sagesse, gagner en efficacité. Sachez qu’être végane n’est pas une finalité, que vous pouvez et devriez continuer à évoluer.

2. Ne laissez pas vos émotions vous aveugler

Je comprends : vous avez découvert la vérité à propos du sort réservé aux animaux, arrêté de manger des produits d’origine animale, et vous êtes désormais en colère parce la situation ne va pas en s’améliorant. Comment les autres peuvent-ils ne pas aboutir aux mêmes conclusions que vous? Si vous vous impatientez avec eux, réalisez que votre propre conversion ne s’est sans doute pas faite du jour au lendemain : ce qui vous a finalement poussé à devenir végane était probablement le dernier élément d’une longue série d’informations qui vous ont ouvert les yeux.

3. Soyez modeste

Votre conversion est toute récente. Même s’il n’est pas garanti que les véganes de longue date sont plus sages, ils ont généralement davantage d’expérience en ce qui concerne la vie dans un monde non-végane. Cela les a peut-être amené à avoir une approche plus légère et nuancée. Ce n’est pas pour autant qu’il faut les juger : ils ne sont pas des traîtres!

4. Rappelez-vous que le véganisme n’est pas une fin en soi

On est végane parce qu’on veut réduire la souffrance : gardez toujours cet objectif en ligne de mire. Lorsque vous faites quelque chose, ne vous demandez pas si c’est végane, mais bien si cela permet de réduire la souffrance.

5. Fréquentez des gens qui vous ressemblent…

Appartenir à une communauté végane (en ligne ou IRL) peut beaucoup aider, surtout au début. Avoir du soutien, des réponses à vos questions, se détendre avec des personnes auprès de qui vous n’avez pas à défendre votre mode de vie, c’est agréable.

6. … Mais sachez sortir de votre bulle

Même si appartenir à une communauté végane peut être d’une grande aide, il y a aussi un grand risque de tomber dans une chambre de résonance. Continuez à voir des gens différents. Pas seulement pour les influencer, mais pour les comprendre et pour apprendre d’eux.

7. N’exagérez pas les revendications véganes

Certains militants prétendent que le véganisme va résoudre tous les problèmes du monde. Hélas, c’est faux. Certes, son application serait un grand progrès, mais ce n’est pas la panacée. L’exagération ne fera pas avancer la cause : elle ne fera que rendre plus sceptiques les moins crédules.

8. N’essayez pas d’être parfait

Pour moi, si vous êtres véganes à 99%, alors vous êtes véganes. Vous pouvez essayer d’atteindre les 100 ou 110%, mais le bénéfice marginal est très faible (cela peut même s’avérer contreproductif). Ne vous sentez donc pas coupable si vous n’atteignez pas les 100%, et si vous les avez atteints, ne méprisez pas ceux qui n’y sont pas parvenus.

9. Soyez focalisés sur la nourriture

Les arguments et les discussions ont leurs limites. En particulier, les arguments moraux peuvent se heurter à une forte résistance. Au contraire, la nourriture est une bonne façon d’influencer les autres d’une manière non-menaçante. Emmenez les gens au restaurant, cuisinez pour eux, donnez leur des recettes…. Battez-vous pour leur faire vivre de bonnes expériences gustatives véganes et tout deviendra plus facile.

10. Soyez amical et positif

Si vous êtes en colère, frustré ou impatient, les gens ne feront que se détourner de vous, et vous maintiendront à distance. Soyez sympa et fréquentable. C’est mieux pour vous, c’est mieux pour eux. Croyez en les gens, croyez que la plupart d’entre eux se soucient du bien-être animal. Et placez un peu d’espoir dans l’idée que chacun est capable d’avoir une illumination.

Herlock Sholmes

L’article original de T. Leenaert ici. 

“Pourquoi n’est-il pas éthique de manger des œufs ?” Chris Alexander

Préambule : j’ai trouvé cet article sur internet. Il permet de comprendre en quoi la consommation d’œuf contrevient au principe moral généralement accepté selon lequel “il est mal de tuer ou d’infliger de la souffrance lorsque ce n’est pas justifié.” Lecture : 

 

Il y a en France environ 47 millions de poules pondeuses qui vont produire plus de 14 milliards d’œufs par an (1).

Pour obtenir des poules pondeuses on trie les poussins dès leur naissance (cette opération s’appelle le sexage) (2).

Les quelque 47 millions de poussins mâles sont broyés (3) ou gazés vivants et les femelles auront le bec épointé par une opération très douloureuse (le débecquage) pour éviter qu’elles se blessent entre elles (4). Tout ceci, bien sûr, quel que soit le mode d’élevage (batterie, plein air ou Bio).

 

Les poules pondeuses seront ensuite utilisées pour pondre environ 300 œufs pendant 12 mois avant d’être envoyées à l’abattoir (alors qu’elles peuvent vivre environ 6 ans). 83% des poules pondeuses sont destinées à l’élevage intensif dont 80% en cage (batterie, code 3) et 3% au sol, code 2, 17 % en “plein air” (code 1) ou “Bio” (code 0). (5)

 

“Et si on mange les œufs de ses poules ?”

Cette question revient chaque fois que les véganes justifient le fait qu’ils ne mangent pas d’œufs. C’est surprenant le nombre de fois où cette question est posée quand on connait le faible taux d’œufs issus de poulaillers individuels sur les plus de 14 milliards d’œufs produits en France chaque année…

 

Allez, admettons que l’on ait un voisin qui a des poules (et bien sûr il ne doit pas nous vendre les œufs hein, il faut qu’il les donne) ou mieux,  admettons que vous ayez vous-même des poules…

 

Il faudrait déjà que la poule n’ait pas été achetée car sinon on retombe dans le circuit “poule pondeuse” avec un mâle broyé pour une poule gardée.

Donc, admettons que la poule vous a été donnée. Il faut que vous acceptiez de la garder jusqu’à la fin de ses jours même quand elle ne pondra plus et bien sûr, ne pas la manger…

Jusque là on se dit “je peux manger des œufs de mes poules” (si on en est psychologiquement capable, ce qui n’est pas évident si on a déjà arrêté).

 

La fonction de la poule n’est pas de faire des œufs pour le plaisir de son propriétaire. La ponte d’œufs fait appel à un cycle naturel qui, outre le fait de donner naissance à des poussins en cas de fécondation, permet à la poule d’avoir des cycles de couvaison. Et d’ailleurs pendant ces cycles la poule va moins pondre voire arrêter. Enfin, au bout de quelques temps, vu que l’œuf couvé mais non fécondé ne donnera rien, la poule s’en désintéressera ou finira par le détruire et le manger et elle repartira ensuite sur un nouveau cycle.

 

Le fait de prendre les œufs vient donc perturber ce cycle normal. Le “truc” de nos grands-parents : laisser un seul œuf à couver à la poule l’incite à pondre de nouveau… C’est donc une forme “d’esclavage” (j’en conviens, le mot est peut-être un peu fort) que le végétalien puriste n’acceptera pas d’infliger à sa poulette. Pour info une poule “livrée à elle-même” et qui arriverait à survivre à ses prédateurs ne pondrait que 12 à 60 œufs par an…une poule élevée en liberté pond environ 170 œufs et 265 pour une élevée en batterie.

 

Si vous souhaitez malgré tout avoir des poules chez vous, en mangeant ses œufs ou pas, la meilleure action que vous pouvez réaliser est de sauver des poules issues d’élevages (6) avant qu’elles ne partent en abattoir. Alors qu’elles ne sont payées que quelques dizaines de centimes d’euros par l’abattoir, certains éleveurs proposent de les revendre entre 1 à 2 euros environ. Bien sûr en les rachetant on l’encourage à continuer cette pratique mais il vaut mieux penser que l’on va offrir une fin de vie heureuse à des poules qui n’auront connu qu’exploitation et souffrance.

 

Chris Alexander

 

(1) http://www.planetoscope.com/agriculture-alimentation/1392-production-d-oeufs-en-france.html

(2) http://www.l214.com/oeufs-poules-pondeuses/sexage [le sexage]

(3) http://www.dailymotion.com/video/x1b9j76_4-secondes-pour-comprendre-pourquoi-les-oeufs-bio-ou-non-sont-a-bannir-de-vos-assiettes_animals [images difficiles montrant en 4 secondes le broyage des poussins]

(4) http://www.l214.com/poules-pondeuses-oeufs/epointage-debecquage [le débecquage]

(5) http://www.l214.com/oeufs-poules-pondeuses

(6) http://www.l214.com/recueillir-poules-pondeuses [recueillir des poules de réforme]

 

 

Si vous ne parvenez pas à cesser de consommer des œufs, apprenez à les choisir selon le mode d’élevage des poules :

http://www.l214.com/marquage-etiquetage-oeuf

 

Comment remplacer les œufs dans la cuisine :

http://www.plaisirvegetal.fr/2010/09/13/mille-et-une-astuces-pour-remplacer-les-oeufs-dans-les-recettes/

 

 

Source : https://www.facebook.com/notes/marc-viot/pourquoi-nest-il-pas-%C3%A9thique-de-manger-des-%C5%93ufs-chris-alexander/10152415881563426/

Peut-on moraliser la filière viande?

L’idée d’ôter la vie à des êtres sensibles suscite généralement l’inconfort, parce qu’elle ne s’inscrit pas dans le système de valeur des individus. Peu de gens raisonnables défendent ardemment et érigent en idéal la mise à mort d’êtres sensibles, fût-ce au nom de la satisfaction de besoins vitaux. Généralement, les gens qui mangent de la viande ne montrent d’ailleurs aucun signe d’hostilité envers les animaux d’élevage.  Pourtant, la production de viande implique inéluctablement la souffrance et la mise à mort de ces êtres. Tel est le paradoxe de la viande, bien décrit par Enrique Utria.

Cette production semble en fait contraire à la morale commune, c’est-à-dire à la règle de conduite généralement admise selon laquelle “il est mal de tuer” un individu lorsque ce n’est pas justifié, peu importe l’espèce à laquelle il appartient [1]. En effet, dans la mesure où il existe des alternatives végétales à la viande,  en consommer ne constitue plus une nécessité vitale [2]. Ainsi, le fait que les abattoirs existent encore ne saurait être justifié par un principe de survie et contrevient de fait au précepte moral en question.

Dès lors, la question a de quoi troubler : peut-on moraliser une filière qui, compte tenu des conditions dans lesquelles elle exerce, transgresse de fait un principe moral majeur? La réponse semble évidente : aussi longtemps que nous aurons la possibilité de nous passer de viande, en produire et en consommer relèvera d’une faute morale [3]. Pourtant, les discours proposant de “moraliser la filière viande” ou de produire de la viande “éthique” se multiplient.

Pour savoir si ces propositions se hissent bien à la hauteur des attentes qu’elles suscitent, il est nécessaire de préciser ce qu’on entend généralement par “moraliser” ou rendre “éthique” : soumettre une pratique à des règles morales communément admises. La question est de savoir quelle règle prend-on pour référence. Sur ce point, le discours des communicants de la filière viande consiste à dire que si l’animal a eu une “bonne vie”, ou n’a pas souffert lors de sa mise a mort, il est “éthique” de le tuer pour s’en nourrir. Même si ce n’est pas nécessaire, c’est acceptable parce que l’animal abattu n’a pas été physiquement maltraité, nous laissent-ils comprendre.

Cette idée comporte un risque majeur : en jouant sur l’ambiguïté du mot éthique – découlant du fait que l’éthique est de nature subjective -, elle pourrait définitivement enterrer le principe moral selon lequel il n’est pas acceptable de tuer un être sensible sans justification valable. Si ce discours l’emportait, serait devenue morale auprès de la population toute exploitation et mise à mort “bienveillante” : le consommateur n’aurait plus aucun malaise à songer aux animaux qu’il mange, puisqu’ils ont été “heureux”. On aurait ainsi bien moralisé la filière viande, mais seulement au prix du sacrifice d’un principe moral fondamental.

Telle est l’une des étapes nécessaires de la moralisation de la filière viande : vider la morale [3] de sa substance, pour la faire tendre vers une règle beaucoup moins exigeante envers le respect de la vie et des intérêts propres des animaux non-humains.

Une fois cette phase franchie, l’accomplissement de la moralisation nécessairement édulcorée se heurte à un problème d’ordre pratique : est-il véritablement possible de s’assurer du bien-être des animaux consommés ? La tâche suppose une législation très stricte, qui régulerait chaque aspect de la vie de l’animal : détention, transport, abattage. Parallèlement, il faudrait assurer un contrôle infaillible du respect des procédures et développer un système d’incitations-sanctions. Consommateurs, producteurs et législateurs s’assureraient conjointement de l’absence de souffrance des animaux abattus. Un tel changement de paradigme exige la mobilisation de ressources humaines et financières conséquentes, et ne pourrait que s’opérer s’il obtenait l’approbation de toutes les parties prenantes.

Autrement dit, même si l’on prenait pour acquis qu’il est moral de tuer sans nécessité, il est permis de douter de la possibilité d’une moralisation effective de la filière viande.

La principale raison d’être sceptique, au-delà de l’ampleur de la tâche à accomplir, c’est son incompatibilité apparente avec le fonctionnement actuel des entreprises capitalistiques. Pour atteindre leur objectif primordial de rentabilité, elles traquent les dépenses improductives afin de maximiser leur performance : tels sont les principes du lean management, le modèle d’organisation industrielle qui s’est largement répandu depuis les années 70. Cette volonté de réduire les pertes et de réaliser des économies d’échelles est au cœur même de l’élevage intensif, un modèle dont l’incompatibilité avec le bien-être animal n’est plus à prouver.

Dans ces conditions, on peut supposer que pour être acceptées par les producteurs, les mesures dites d’amélioration du bien-être animal ne doivent pas entraver l’efficacité du processus de production dans sa globalité. Il faudrait en fait dépasser le dilemme entre morale et productivité. Le problème est que pour maximiser leur productivité, les unités de production recourent généralement à l’automatisation et à la rationalisation des tâches, d’où l’élevage industriel. Ainsi, il est raisonnable de penser que les producteurs de viande ne peuvent pas améliorer le “bien-être animal” sans renoncer partiellement à leur productivité. Un sacrifice qu’ils n’accepteraient probablement qu’à condition d’augmenter leurs prix de ventes, ce qui n’irait pas dans le sens du consommateur.

Finalement, des raisons aussi bien théoriques que pratiques permettent d’affirmer que la moralisation de la filière viande est un vœu pieux. Par conséquent, pour quiconque se soucie du bien-être animal, la solution la plus rationnelle consiste à se positionner en faveur de l’interdiction de la viande tout en encourageant le développement d’alternatives végétales qui conviennent à tout le monde.

T. ROTH

NOTES 

[1] Selon ce principe moral, la production de viande est seulement justifiée si aucune alternative satisfaisant les apports nutritifs vitaux n’est disponible.

[2] Dans toute société où il est possible de se supplémenter facilement en vitamines B12 et D, ainsi qu’en oligo-éléments essentiels.

[3] D’après le principe précité.

[4] La “morale” désigne ici la matrice contenant les règles de conduite approuvées par la majorité de la population.