“Abattoir éthique” dans la Creuse : le comble du cynisme

Vous appréciez les récits bucoliques et les happy end? Avec ce nouvel abattoir soucieux du bien-être animal, vous serez servis. Comme nous le révèle aujourd’hui le quotidien 20 Minutes, 96 éleveurs de la Creuse se sont lancés un défi ambitieux : construire une structure à la pointe en matière de bien-être animal. Sur le papier, on ne peut que féliciter la démarche. Cependant, même si l’intention  de ces éleveurs est louable,  la communication autour du projet prend une tournure assez cynique. Explications.

Enjoliver la mise à mort

“Des lumières apaisantes, le son rassurant d’une cascade d’eau, des odeurs familières et non celle du sang. Dans le futur abattoir de Bourganeuf, dans la Creuse, tout est pensé pour réduire au maximum le stress et la souffrance des animaux”, peut-on lire en guise d’introduction. Le champ lexical employé évoque un stage de relaxation en pleine nature : on aimerait bien être de la partie.

Le message fait plaisir aux consommateurs. Enfin, on prend en compte la sensibilité des animaux : cette fois-ci, ils seront abattus dignement. “Même pas électrocutés”, promet-on!

Voilà comment éteindre tout sentiment de culpabilité et rendre définitivement acceptable l’idée qu’il n’y a aucun problème à tuer des êtres sensibles pour son propre plaisir gustatif.

L’évidente contradiction entre “abattage” et “dignité” est résolue en se disant que de toute façon, l’animal a eu une bonne vie. Peu importe si sa mort est froide, machinale, brutale. Peu importe s’il est mort pour rien, en fait.

Une question s’impose pourtant : en quoi l’absence de mauvais traitements justifie-t-elle le droit de s’arroger le pouvoir de vie ou de mort sur un individu?

Le comble du cynisme

Dans la même veine, on apprend que “Le Boeuf Ethique” devrait lancer cet automne un abattoir mobile en Bourgogne. Là, niveau inversion des valeurs et perversion du réel, on se croirait dans un roman de Gorge Orwell.

La guerre, c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force. – G. Orwell, 1984

Le langage bien épuré vise à masquer l’horreur qui constitue le cœur de l’activité : tuer des êtres sensibles. Si l’entreprise n’avait pas recours à ce processus de maquillage, elle ne vendrait pas. C’est pareil pour tous les acteurs de la filière viande : chaque support de publicité fait passer sous silence les intérêts propres de ces bestiaux. Ils sont toujours destinés à assouvir nos besoins. Parfois, ils font même don de leur corps avec joie. Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu.

On s’en doute bien, tout le monde n’est pas dupe. Mais l’exposition répétée au message implicite “tu peux acheter, y a pas de mal”, ça ne favorise pas la prise de recul. Surtout chez les plus jeunes, incités à développer un rapport violent aux êtres sensibles qui ne leurs ressemblent pas.

Tais-toi, souris et meurs

Quand on y pense, la filière viande fournit un effort remarquable pour créer un monde où les animaux sont indifférents au sort qui leur est réservé. Qui se douterait un instant que les animaux d’élevage accordent une importance à leur existence si on les dépeint comme consentants? Qui oserait parler d’oppression et d’exploitation avec tous ces slogans joyeux?

Bref, ces projets “d’happyfication” des animaux abattus contiennent en leur germe toute l’horreur qu’ils prétendent combattre. Si l’on nie la souffrance du bétail et qu’on légitime son exploitation, alors on ouvre la porte à toutes les dérives de maltraitance possibles.

Améliorer les conditions d’existence des animaux, c’est bien. En revanche, les tuer pour se nourrir alors que ce n’est plus une nécessité, c’est difficilement acceptable. Et c’est bien pour cela que la filière viande joue sur le langage pour maquiller cette réalité.

En savoir plus sur les procédés utilisés par la filière viande pour déresponsabiliser les consommateurs :

 

Herlock Sholmes