Lettre ouverte d’un végane aux éleveurs bovins

Chers éleveurs,

Avant-hier avait lieu le procès de deux militants de la cause animale s’étant introduit dans un abattoir d’Houdan pour y filmer le gazage de porcs.  Pendant ce temps-là, à l’extérieur du tribunal correctionnel, une cinquantaine d’agriculteurs organisaient un barbecue afin de manifester leur amour de la viande. On y verrait presque l’affrontement de deux mondes que tout oppose : l’un défend l’élevage au nom de la tradition, l’autre le condamne par souci d’éthique. On l’aura compris, cet événement nous rappelle à quel point les relations entre éleveurs et militants animalistes sont tendues.

Manifestement, beaucoup d’entre vous perçoivent comme des menaces les revendications portées par les défenseurs de la cause animale. Sur le terrain, certains éleveurs craignent notamment que leur activité ne disparaisse suite à la dénonciation des souffrances (humaines et animales) subies dans les abattoirs. L’émergence fulgurante de substituts végétaux à la viande sur le marché alimentaire les préoccupe également, dans un contexte où leur activité est déjà mise en péril par d’autres facteurs : concentration des exploitations, concurrence internationale, prix trop bas pour assurer la rentabilité de leur activité.

Ces craintes sont légitimes, mais elles ne doivent pas se traduire par de la violence (fût-elle symbolique), car celle-ci ne résout en rien le problème de fond : l’activité dont vous dépendez est de plus en plus perçue par les citoyens comme un manquement à l’éthique. Une tendance qui n’est pas prête de s’inverser, puisque la concentration à l’oeuvre sur le marché de l’élevage laisse progressivement place à des fermes-usines où le bien-être animal est loin d’être une priorité. D’ailleurs, même les petits élevages “respectueux” sont remis en cause, dans la mesure où ils conduisent inéluctablement le bétail à l’abattoir.

En un mot, dans toute cette histoire, vous n’êtes jamais mis en cause personnellement. Vous n’y êtes pour rien si des mentalités évoluent et considèrent qu’il n’est désormais plus acceptable d’élever des êtres sensibles pour qu’ils finissent dans des assiettes. Le problème, c’est donc la nature de votre activité, pas votre personne. Et il serait injuste de vous jeter la pierre parce que vous avez étés éleveurs jusqu’à présent.

Dans cette optique, les militants de la cause animale, loin d’être une menace pour vous, pourraient vous venir en aide. Pourquoi? Parmi nous, beaucoup pensent qu’il est désormais temps de mettre en place des mesures de soutien à la reconversion des éleveurs. Une reconversion d’autant plus souhaitable que le monde agricole connait déjà une crise profonde. Ainsi, parmi les voies possibles et désirables de reconversion figure la végétalisation de l’agriculture et de nos assiettes. Un créneau porteur, comme le montre l’essor important des produits végétaliens, qui répondent sérieusement à l’attention croissante qu’accorde la population au bien-être animal. Un bien-être avec lequel les exigences de rentabilité et de productivité inhérentes à l’élevage (notamment industriel) ne font pas bon ménage.

C’est pour cela que la question de la sortie progressive de l’élevage doit être mise sur la table politique. L’ignorer, c’est favoriser la souffrance des premiers concernés : petits éleveurs en difficulté et animaux dits d’élevage. Cela n’est pas souhaitable. Ainsi, pour mettre fin à ces souffrances, orienter le modèle agricole vers le végétal est fortement recommandable.

Outre l’amélioration de la situation des éleveurs, cette sortie de l’élevage grâce à des mesures de soutien et d’incitation à la reconversion des professionnels concernés aurait d’autres atouts. En effet, si les animaux épargnés en seraient évidemment les premiers bénéficiaires, notre propre santé ainsi que l’environnement sont également concernés. Une réduction des maladies cardio-vasculaires et des émissions de gaz à effet de serre liées à la viande ne pourraient qu’être profitables.

Finalement, il est parfaitement envisageable de penser la sortie progressive de l’élevage, dans la mesure où le seul obstacle empêchant réellement tout débat, c’est l’avenir économique de la filière viande. Logiquement, proposer le soutien financier de ces professionnels et notamment des éleveurs pour faciliter leur reconversion, c’est rendre acceptable l’idée de la sortie de l’élevage. Et ce au profit de la santé publique, de l’environnement, et de nos “amis les animaux”, envers lesquels notre respect ne devrait pas être à géométrie variable.

Fin de l’élevage : animalistes et éleveurs doivent en discuter

Avant-hier avait lieu le procès (finalement reporté) de deux militants de la cause animale s’étant introduit dans un abattoir d’Houdan. Cet événement nous rappelle à quel point les relations entre éleveurs et militants animalistes sont tendues, comme l’a souligné le quotidien Le Monde :

“Une cinquantaine d’agriculteurs avaient fait le déplacement jusqu’au tribunal correctionnel de Versailles, accompagnés de tracteurs et de barbecues. Chacun portait un t-shirt bleu ciel arborant ce slogan : « La viande j’en mange, et alors ? » La Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles de l’Ile-de-France (FDSEA), partie civile du procès, encourageait ses membres à se porter à la rencontre des passants pour leur offrir des tranches de porc tout juste grillées et pour expliquer leur démarche.

Une « provocation », selon les membres de L214 présents sur place. « Cela nous choque d’autant plus que nous ne savions pas qu’ils allaient organiser cela et que nous n’avons rien organisé », s’indigne Karin, militante habillée d’une veste en jean sur laquelle est inscrit le mot « vegan ». Elle ajoute que « le but de [L214] n’est pas de stigmatiser les éleveurs, mais de dénoncer un système qui détruit les animaux et les humains ».

Les éleveurs sur place, eux, se sentent stigmatisés. Ce report de procès, ils le voient comme un moyen pour L214 de retarder l’échange pour continuer à se présenter comme « des lanceurs d’alerte » et récupérer toujours plus d’argent pour soutenir « leur lobby vegan ».”

Manifestement, les éleveurs perçoivent comme des menaces les revendications portées par les défenseurs de la cause animale. Ils craignent notamment que leur activité ne disparaisse suite à la dénonciation des souffrances (humaines et animales) subies dans les abattoirs. L’émergence fulgurante de substituts végétaux à la viande sur le marché alimentaire les préoccupe également, dans un contexte où leur activité est déjà mise en péril par d’autres facteurs : concentration des exploitations, concurrence internationale, prix trop bas pour assurer la rentabilité de leur activité.

Ces craintes sont légitimes, mais elles ne doivent pas se traduire par de la violence, car elle ne résout en rien le problème de fond : l’activité dont il dépendent est de plus en plus perçue comme un manquement à l’éthique. Une tendance qui n’est pas prête de s’inverser, puisque la concentration à l’oeuvre sur le marché de l’élevage laisse progressivement place à des fermes-usines où le bien-être animal est loin d’être une priorité. D’ailleurs, même les petits élevages “respectueux” sont remis en cause, dans la mesure où ils conduisent inéluctablement le bétail à l’abattoir.

Ainsi, parmi les voies possibles et souhaitables figure la végétalisation de l’agriculture et de nos assiettes. Un créneau porteur, comme le montre l’essor important des produits végétaliens, qui répondent sérieusement à l’attention croissante qu’accorde la population au bien-être animal. Un bien-être avec lequel les exigences de rentabilité et de productivité inhérentes à l’élevage (notamment industriel) ne font pas bon ménage.

C’est pour cela que la question de la fin de l’élevage doit être mise sur la table politique. L’ignorer, c’est favoriser la souffrance des premiers concernés : petits éleveurs en difficulté et animaux dits d’élevage. Cela n’est pas souhaitable. Ainsi, pour mettre fin à ces souffrances, orienter le modèle agricole vers le végétal est fortement recommandable. Mais un tel projet ne peut qu’être mené à bien si l’on s’assure du fait que l’ensemble des professionnels concernés y trouvent leur compte. Dans cette optique, il est urgent de penser des mécanismes de soutien et d’incitation à la reconversion des éleveurs, dans un premier temps. Une mesure d’autant plus nécessaire que le monde agricole connaît des difficultés, comme nous le rappelle la crise laitière qui touche les producteurs laitiers ces jours-ci. Le ministère de l’agriculture, les syndicats agricoles ainsi que les collectifs animalistes devraient donc sérieusement se pencher sur la question.

Outre l’amélioration de la situation des éleveurs, la sortie progressive de l’élevage grâce à des mesures de soutien et d’incitation à la reconversions des professionnels concernés aurait d’autres atouts. En effet, si les animaux épargnés en seraient évidemment les premiers bénéficiaires, notre propre santé ainsi que l’environnement sont également concernés.

Côté santé, le Haut Conseil de la Santé Publique recommande désormais de limiter la consommation de viande rouge et de viandes transformées (charcuterie, etc.), puisque celles-ci favorisent l’apparition de maladies chroniques comme le diabète de type 2, l’obésité ou encore le cancer colorectal. Parallèlement, les légumineuses (lentilles, pois chiches, etc.) sont depuis peu considérées comme des “substituts de viande et de volaille”. Ainsi, la végétalisation des assiettes participe à l’amélioration de la santé publique.

Côté environnement, commencer par diviser sa consommation de viande par deux permettrait de réduire drastiquement les émissions liées à l’agriculture (qui représentent 19.7% des émissions du territoire français, l’élevage comptant à lui seul pour 9.4%). Un tel scénario n’a rien d’absurde : c’était en gros le régime alimentaire des Français au milieu des années 1950. Sauf qu’aujourd’hui, les alternatives à la viande pullulent dans les supermarchés, tout comme les recettes pour cuisiner “veggie” chez soi.

Finalement, il est parfaitement envisageable de penser la sortie progressive de l’élevage, dans la mesure où le seul obstacle empêchant réellement le débat, c’est l’avenir économique de la filière viande. Logiquement, proposer le soutien financier de ces professionnels pour faciliter leur reconversion, c’est rendre possible la sortie de l’élevage. Et ce au profit de la santé publique, de l’environnement, et de nos “amis les animaux”, envers lesquels le respect ne devrait pas être à géométrie variable.

Herlock Sholmes